mercredi 3 octobre 2018
lundi 17 septembre 2018
Brumes à Boston I : Arrivée
C'était un vendredi et les nuages descendaient déjà sur la ville, Boston était doublement grise. Au cours de la soirée, les nuages se sont mutés en brume, et la ville, en conte de fées.
Cette série en trois actes cherche à capturer l'essence de cette transformation.
Première partie - Arrivée :
https://yannaudin.blogspot.com/2018/09/brumes-a-boston-i.html
Cette série en trois actes cherche à capturer l'essence de cette transformation.
Première partie - Arrivée :
https://yannaudin.blogspot.com/2018/09/brumes-a-boston-i.html
mardi 4 septembre 2018
samedi 25 août 2018
Interlude : Nature
Vous pouvez voir quelques unes de mes photos sur mon nouveau blog:
https://yannaudin.blogspot.com/2018/08/interlude-nature.html
https://yannaudin.blogspot.com/2018/08/interlude-nature.html
jeudi 16 août 2018
5. Choix et paralysie, un essai
À la base de tout acte artistique se trouve un choix, et inversement, tout choix peut devenir un acte artistique. Il va alors de soi qu’avec une intention constante, une vie entière saurait devenir une œuvre.
L'article complet se trouve sur mon blog:
https://yannaudin.blogspot.com/2018/08/5.html
L'article complet se trouve sur mon blog:
https://yannaudin.blogspot.com/2018/08/5.html
mercredi 1 août 2018
4. Le Spécialiste
Vous pouvez lire mon nouveau texte ici.
4. Le Spécialiste
"Il est difficile de me voir comme un spécialiste, peut-être parce que je suis un peu trop spécialisé, mon entraînement porte sur un sujet si précis que je ne saurai aisément transférer mes capacités.
...
Quoi que l’on en dise, nous avons été entraînés à penser aux identités en termes de production et de création : Je suis ce que je fais.
...
Ce concept et ces racines fragmentent mon identité déjà divisée et affaiblie par les différents groupes auxquels j’appartiens, crois appartenir ou appartenais.
...
Peu importe le choix, il nécessite de devenir le héros conscient d’une narrative faite sur mesure pour et par soi-même (4). De s’entraîner à devenir un spécialiste plutôt que d’en accepter le titre : D’engager courageusement avec la vie, plutôt que de la subir."
Texte complet sur l'adresse de mon nouveau blog:
https://yannaudin.blogspot.com/2018/07/4-un-specialiste.html?m=1
4. Le Spécialiste
"Il est difficile de me voir comme un spécialiste, peut-être parce que je suis un peu trop spécialisé, mon entraînement porte sur un sujet si précis que je ne saurai aisément transférer mes capacités.
...
Quoi que l’on en dise, nous avons été entraînés à penser aux identités en termes de production et de création : Je suis ce que je fais.
...
Ce concept et ces racines fragmentent mon identité déjà divisée et affaiblie par les différents groupes auxquels j’appartiens, crois appartenir ou appartenais.
...
Peu importe le choix, il nécessite de devenir le héros conscient d’une narrative faite sur mesure pour et par soi-même (4). De s’entraîner à devenir un spécialiste plutôt que d’en accepter le titre : D’engager courageusement avec la vie, plutôt que de la subir."
Texte complet sur l'adresse de mon nouveau blog:
https://yannaudin.blogspot.com/2018/07/4-un-specialiste.html?m=1
lundi 25 juin 2018
2. Solstice National
Retrouvez moi sur mon nouveau blog:
http://yannaudin.blogspot.com/ .
J'y parle de la Saint-Jean-Baptiste et de mes
souvenirs d'enfance.
"C’est donc dans une atmosphère festive et
entouré d’inconnus que naissaient à la Saint-Jean-Baptiste de rapides amitiés
et romances, des jeux et trahisons. Durant une des plus courtes nuits de
l’année, le temps s’arrêtait comme figé en un éternel crépuscule.
...
Yann Audin, enfant de 7, 8 ou 9 ans, ne se demande
pas pourquoi on fête, qu’est-ce qu’il y a à célébrer. Il ne comprend pas encore
l’idée d’un peuple, ni celle d’un peuple québécois.
...
Mais je m’insurge ici, car la vie comme l’histoire,
ne saurait être gagnée. Nous ne sommes pas défaits par la défaite, seulement,
au mieux, retardés. L’existence est une lutte incessante et la nôtre est
vieille de 400 ans."
vendredi 8 juin 2018
30. Début
J'ai commencé un blog en 2013 pour célébrer mon départ de chez mes parents, avec la certitude que j'y publierai une fois par semaine.
La bonne blague.
J'ai aussi commencé un blog en 2013 avec une entrée intitulée "Fin" en sachant que le dernier texte qui y serait publié serait "Début".
Alors voilà, ceci est un début, le début d'un blog différent, car je me permettrai d'y publier quelques images parmi mes textes.
Un blog différent car vous y trouverez mon vrai nom: Yann Audin.
Mais aussi un blog semblable au précédent car j'y publierai quand cela me plaîra.
Je vous y retrouve:
https://yannaudin.blogspot.com/
Pour la dernière fois,
Yann Odin,
Yann Audin
La bonne blague.
J'ai aussi commencé un blog en 2013 avec une entrée intitulée "Fin" en sachant que le dernier texte qui y serait publié serait "Début".
Alors voilà, ceci est un début, le début d'un blog différent, car je me permettrai d'y publier quelques images parmi mes textes.
Un blog différent car vous y trouverez mon vrai nom: Yann Audin.
Mais aussi un blog semblable au précédent car j'y publierai quand cela me plaîra.
Je vous y retrouve:
https://yannaudin.blogspot.com/
Pour la dernière fois,
Yann Odin,
Yann Audin
mardi 8 août 2017
29. Nouvelle ère, le vent se lève(ra)
Nouvelle ère, le vent se lève(ra)
Hier,
mon biscuit chinois m’a annoncé fièrement : « Une ère
palpitante s’ouvrira bientôt à vous. » Le biscuit avait
même mon chiffre chanceux! (Soit aucun chiffre, je ne crois
heureusement pas en la numérologie.)
Mais qu’est-ce qu’une ère palpitante? Dans mon cas, peu de choses comptent aujourd’hui.
Mais qu’est-ce qu’une ère palpitante? Dans mon cas, peu de choses comptent aujourd’hui.
Lire, écrire, bien manger.
Comprendre, apprendre, instruire.
Aimer, jouer, rêver.
Quoi d’autre? Je fais déjà tout cela à un certain niveau, seulement entravé cet été par des horaires irréguliers et un travail qui n’a jamais été aussi répétitif, mais surtout, que j’ai trop rapidement maîtrisé. En plus, dans quelques semaines, une « ère palpitante »; la maîtrise en physique. Dans douze jours de travail (et quelques jours de congé entre deux blocs), je retrouverai la liberté asservie de mes études choisies. Sans trop savoir jusqu’où cela me mènera, je garde une fois agnostique en un univers qui m’a servi ou trahi à de multiples reprises. En ces deux prochaines années, je dépose des espoirs d’une existence où la répétition a pour but la compréhension, où je ne peux qu’avancer (plutôt que de stagner). Ces deux années, je le sais, m’éloigneront de certains sans pour autant favoriser mon approche des autres. Il n’y a par contre nul avantage à suranalyser la situation; les changements seront organiques au pire, harmonieux au mieux.
![]() |
| J'ai connu le Cimetière Marin grâce au film de Miyazaki. |
J’écris
dans ce parc où le vent se lève; je me demande comment tenter de
vivre. Mes pages passent près de s’envoler, et moi, je suis tout
ébloui de la fraîcheur de la soirée et de la pluie qui tarde. Ma
tête est un toit tranquille où picorent des vagues en poudre et
poussières, en attendant l’ondée (1). Paul Valéry me fait
l’effet, dans son Cimetière Marin, d’une côte balayée par les
vents et arrosée de soleil, tout à l’opposé d’un soir
montréalais où l’obscurcissement du ciel vient à la fois des
nuages et de la descente du soleil. Dans Dune, Frank Hebert fait
constater à ses personnages l’importance des grands espaces et du
ciel infini pour stimuler l’introspection d’un peuple. Paul
Atréide (pas Paul Valéry) (2) dans une caverne a vu les futurs se
fermer comme des fenêtres devant lui, alors que je sens que je dois
fermer des fenêtres pour ouvrir des futurs.
![]() |
| Les Minimalistes en question. |
Par
exemple, les Minimalistes (3) ont rompu avec des distractions du
quotidien en les faisant physiquement disparaître de leurs vies. Je
peux aisément mettre le doigt sur ces petites choses qui
m’alourdissent : comme ces ancres matérielles nées d’une
société de consommation réglée au quart de tour que mirent de
côté les Minimalistes, des habitudes ralentissent un potentiel que
je sens en moi comme en d’autres. Ces choses, pour la plupart, ne
se jettent pas simplement aux poubelles, et d’autres sont des
manques à combler dans mon esprit. L’immatériel est un fardeau
comme la mode jetable accumulée par certains; une perception
encombre, une lâcheté verrouille. Dans mes habiletés et mes
paresses intellectuelles, j’ai justifié dans mes mots et ceux des
autres des défauts de volonté avec un plaisir que je pourrais
défendre rationnellement. Dans mes bulles sociales et informatiques,
j’ai trouvé les outils pour, sans peine (me) faire accepter ces
choix.
Embourbé dans un confortable (et même relativement productif) marasme, on attend un changement de décor pour changer de rythme. Cette « ère palpitante » promise par mon biscuit chinois est une prophétie que j’écris pour moi-même : quelques légers ajustements serviront à essayer de donner de la portée à ma voix et à accélérer un mouvement vers ce que je cherche à être. L’été se termine bientôt et je retourne chez moi, vers un presbytère et un chat qui sont devenus pour moi des symboles de paix. De mes horaires inégaux, je compte retrouver un moi stable, un ego qui ne change pas selon des heures de lever (qui sembleraient arbitraires à quiconque n’a pas travaillé dans un établissement touristique).
En retrouvant le chat, je sens que je retrouverai aussi une habitude de l’inutile; ces pauses trop nombreuses où ma vie s’arrête, car il est venu le temps de jouer avec le chat. Dans ces moments irréfléchis d’irréflexion s’ouvre en moi une oasis, des fenêtres intemporelles où le temps perdu se gagne.
De ce « grand changement » qui accompagne le passage des saisons, je n’attends rien d’autre qu’une vision un peu changée de moi-même. Rien de très complexe, ma personnalité est au moins partiellement cristallisée depuis des années; je souhaite simplement que le sérieux de ma nouvelle position sociale m’aide à trouver ce même sérieux dans ma vie quotidienne. D’ici là, je me console par la lecture effrénée des livres que j’ai mis de côté et une écriture qui ne quitte pas mon cahier : les textes que cet été a vus naître valant rarement plus que le papier où ils sont consignés. Au moins les derniers mois m’auront donné autant de textes pour ce blogue que l’année 2016.
![]() |
| Nous sommes tombé sur la maisonnette de Kjarval par hasard en Islande (4). |
Il m’arrive de me demander si cette aliénation que je quitte après cet été n’est en aucun cas responsable de mes derniers élans de créativité. J’ai visité il y a quelques mois la minuscule maison où Kjarval passait ses étés. Il se forçait à avoir une vie recluse, pauvre et difficile pour rester productif, créatif et vrai dans son art, mais bien d’autres ont produit et créé dans un confort près de celui où j’existe aujourd’hui. Je ne dois plus angoisser sur le sujet, l’école m’appelle et je me reposerai lorsque je serai mort (5).
1. Paul Valéry, « Le Cimetière Marin » :
Le vent se lève!. . . Il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
2. Voir Dune, tome 1. Paul Atréide, dans un élan de prescience, voit chacune de ses actions empêcher à jamais des futurs sans en ouvrir de nouveaux.
3. Ils se font appeler les Minimalistes, ils ont écrit un livre, un documentaire les mets en vedette.
4.
Crédit : By Ymblanter — Own Work, CC BY-SA 3.0,
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27560135
samedi 1 juillet 2017
28. On se comprend
On se comprend
« Y’a rien que nous qui se comprend! »
Crié haut et fort sur la rue Beaubien en ce jour de célébration annuelle du déménagement, le couple est plié de rire.
Je ne peux imaginer quelle blague aux propos profondément enracinés dans leur expérience collective a fait surgir chez eux une hilarité dont le reste du monde sera à jamais coupé. Dans un Québec ni souverain, ni asservi, le couple utilise une phrase unique comme nous : « Y’a rien que nous qui se comprend! » Ma langue, une différence forte entre mon peuple « fort au sein d’un Canada uni » et le reste du monde, une différence que je ressentis en premier en France où mes inflexions barbares et mes expressions ancestrales étaient vues avec un mépris ouvert et fier, une curiosité de l’exotisme (1) ou une incompréhension bornée (2). La phrase est belle, avec ses huit syllabes, son assonance, et ses sous-entendus. Le couple a formé autour de lui une bulle de savon qui déforme tout et qui l’aveugle à son entourage : peu lui importe la présence du passant que je suis et les fenêtres ouvertes des voisins, ils sont heureux, ils rient, ils se comprennent.
Des bulles similaires, nées d’expériences communes, j’en ai vu dans ma province, mon « territoire des vaincus » (3) et au-delà. À certains je pardonne la vision tunnel et les éclats de voix : les amoureux, les enfants dans un parc ou les familles en retrouvailles. Mais dans d’autres cas, je ne peux m’empêcher de voir une faille sociale; lorsque sur un petit bateau tous se taisent pour voir à l’horizon quelques oiseaux et que chacun des 30 passagers (et le capitaine et le guide) apprennent sans le vouloir, les opinions politiques hautement impertinentes (4) de quatre Américains, je sens bouillonner en moi une étrange sensation. Inconsciemment, je repousse mes sentiments, habitué. Les deux couples, un jour, s’étonneront de ne pas avoir vu de marsouin lors de leur passage à Reykjavík. Des mois plus tard, je m’étonne soudainement de n’avoir pas réagi sur ce petit bateau.
De retour chez nous, l’humour et l’amour pondent ces sept divins (5) mots qui résonnent encore à mes oreilles. Mon pays qui n’est pas un pays, mais qui est hiver, on l’a fêté à l’ancienne date du solstice d’été. Dans cette boîte de chocolats qu’est Montréal, je n’ai de plus grand désir que de secouer la boîte pour qu’en tombe les petits bouts de papier qui servent de divisions et que se retrouvent côte à côte plutôt que séparés les chocolats à la menthe, ceux au caramel et les gaufrettes trempées dans le chocolat noir. Dans un sac de méli-mélo, les pièces uniques en viennent bien à partager une même saveur? Et pourtant, ce matin encore dans le bus, j’apprends par l’entremise de deux Françaises « qu’ici c’est le quartier juif ». Elles-mêmes l’ont appris d’un petit livre qui, non content d’en savoir plus que moi sur le chemin que j’emprunte chaque jour, se permet de dresser des murs de papier avec un zèle bureaucratique. À cela est ajouté ce que je crois être une blague vaguement antisémite, contrebalancée (6) par la mention qu’ici, on peut trouver les meilleurs bagels de Montréal (7).
En cette soirée de 150e, je suis seul chez moi. Ce matin, je lisais un Russe dans un bus entre une personne qui partage ma langue et la couleur de ma peau, et une femme voilée, bien plus québécoise que la première. Car celle qui partageait ma langue est venue au Québec parce que l’accent est charmant, et tient un petit livre qui lui dit : « ceux-ci sont juifs, ceux-là son chinois », pour brandir de petits murs de papier qui n’expriment pas l’invisible. Qui n’explique pas que l’homme au dépanneur du coin fait un effort chaque dimanche, sans qu’on le lui demande, pour parler en français à mon père qui achète ses cigarettes. Qui ne sait pas qu’un serveur au café s’est habitué à saluer chaque client par un « Allo, hi! » parce que parfois, lorsqu’il se risque à un simple « Allo! », son client le regarde les yeux vides, et lorsque le serveur se reprend d’un « Good morning! » le regard vide continue. Le client est sûr qu’on lui parle encore dans une langue alien et que jamais il ne comprendra le pauvre serveur dépité qui doute maintenant de lui-même.
« Y’a rien que nous qui se comprend! » Déjà les sons s’estompent, ma tête se vide, il pleut sur les déménagements, il pleure sur Montréal. Dans ma solitude entraînée par les hivers et la neige, je ne fête pas le Canada, je n’ai pas fêté le Québec. Je n’ai ni marqué la fête des Patriotes ni celle de la reine. Dans mon identité nationale confuse, je me réfugie, conscient que je ne suis pas seul dans mon isolement de glace. Conscient que mon expérience nous est commune, et que cela crée quelque chose qui résonne, lorsque pliés en deux nous rions ensembles des proverbes du capitaine Patenaude (9) ou quand nous pleurons de « se savoir un cœur et de n’être compris/Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage! » (10) Il m’est bon de savoir qu’il y a quelque chose d’unique ici. Et même s’il y a autant d’uniques que d’unités, comme ce couple qui me rappelle le mien, et comme mon couple me rappelle tous les autres. Et même si la complicité nait (plutôt que née?) du temps, des épreuves et des joies forgent des myriades de bulles de savon à saveur de sel et de sucre dont je ne ferai jamais partie. Et même si ma bulle est barbare et ancestrale aux oreilles de Parisiens blasés, il me fait plaisir de savoir que nous, on se comprend.
Yann Audin
1. Les cousins du Québec! abandonnés à une autre couronne de l’autre côté de la manche après un développement lent causé par un appât du gain plutôt qu’une vision à long terme.
2. Et par là j’entends que ceux qui nous entendaient se refusaient à l’idée que peut-être nous partagions une langue.
3. « Province » était utilisé par les Romains pour designer les territoires qu’ils avaient conquis.
4. J’entends par là « peu recherchées ».
5. Le nombre sept a été associé à beaucoup de choses en sa qualité de nombre premier...
6. Contrebalancée?! HA HA!
7. Et donc du monde!
8. Et sans mentionner que certains Chinois sont juifs.
9. Rien ne sert de courir… l’autobus est déjà passé.
10. Nelligan, « La Romance du vin ».
« Y’a rien que nous qui se comprend! »
Crié haut et fort sur la rue Beaubien en ce jour de célébration annuelle du déménagement, le couple est plié de rire.
Je ne peux imaginer quelle blague aux propos profondément enracinés dans leur expérience collective a fait surgir chez eux une hilarité dont le reste du monde sera à jamais coupé. Dans un Québec ni souverain, ni asservi, le couple utilise une phrase unique comme nous : « Y’a rien que nous qui se comprend! » Ma langue, une différence forte entre mon peuple « fort au sein d’un Canada uni » et le reste du monde, une différence que je ressentis en premier en France où mes inflexions barbares et mes expressions ancestrales étaient vues avec un mépris ouvert et fier, une curiosité de l’exotisme (1) ou une incompréhension bornée (2). La phrase est belle, avec ses huit syllabes, son assonance, et ses sous-entendus. Le couple a formé autour de lui une bulle de savon qui déforme tout et qui l’aveugle à son entourage : peu lui importe la présence du passant que je suis et les fenêtres ouvertes des voisins, ils sont heureux, ils rient, ils se comprennent.
Des bulles similaires, nées d’expériences communes, j’en ai vu dans ma province, mon « territoire des vaincus » (3) et au-delà. À certains je pardonne la vision tunnel et les éclats de voix : les amoureux, les enfants dans un parc ou les familles en retrouvailles. Mais dans d’autres cas, je ne peux m’empêcher de voir une faille sociale; lorsque sur un petit bateau tous se taisent pour voir à l’horizon quelques oiseaux et que chacun des 30 passagers (et le capitaine et le guide) apprennent sans le vouloir, les opinions politiques hautement impertinentes (4) de quatre Américains, je sens bouillonner en moi une étrange sensation. Inconsciemment, je repousse mes sentiments, habitué. Les deux couples, un jour, s’étonneront de ne pas avoir vu de marsouin lors de leur passage à Reykjavík. Des mois plus tard, je m’étonne soudainement de n’avoir pas réagi sur ce petit bateau.
De retour chez nous, l’humour et l’amour pondent ces sept divins (5) mots qui résonnent encore à mes oreilles. Mon pays qui n’est pas un pays, mais qui est hiver, on l’a fêté à l’ancienne date du solstice d’été. Dans cette boîte de chocolats qu’est Montréal, je n’ai de plus grand désir que de secouer la boîte pour qu’en tombe les petits bouts de papier qui servent de divisions et que se retrouvent côte à côte plutôt que séparés les chocolats à la menthe, ceux au caramel et les gaufrettes trempées dans le chocolat noir. Dans un sac de méli-mélo, les pièces uniques en viennent bien à partager une même saveur? Et pourtant, ce matin encore dans le bus, j’apprends par l’entremise de deux Françaises « qu’ici c’est le quartier juif ». Elles-mêmes l’ont appris d’un petit livre qui, non content d’en savoir plus que moi sur le chemin que j’emprunte chaque jour, se permet de dresser des murs de papier avec un zèle bureaucratique. À cela est ajouté ce que je crois être une blague vaguement antisémite, contrebalancée (6) par la mention qu’ici, on peut trouver les meilleurs bagels de Montréal (7).
En cette soirée de 150e, je suis seul chez moi. Ce matin, je lisais un Russe dans un bus entre une personne qui partage ma langue et la couleur de ma peau, et une femme voilée, bien plus québécoise que la première. Car celle qui partageait ma langue est venue au Québec parce que l’accent est charmant, et tient un petit livre qui lui dit : « ceux-ci sont juifs, ceux-là son chinois », pour brandir de petits murs de papier qui n’expriment pas l’invisible. Qui n’explique pas que l’homme au dépanneur du coin fait un effort chaque dimanche, sans qu’on le lui demande, pour parler en français à mon père qui achète ses cigarettes. Qui ne sait pas qu’un serveur au café s’est habitué à saluer chaque client par un « Allo, hi! » parce que parfois, lorsqu’il se risque à un simple « Allo! », son client le regarde les yeux vides, et lorsque le serveur se reprend d’un « Good morning! » le regard vide continue. Le client est sûr qu’on lui parle encore dans une langue alien et que jamais il ne comprendra le pauvre serveur dépité qui doute maintenant de lui-même.
« Y’a rien que nous qui se comprend! » Déjà les sons s’estompent, ma tête se vide, il pleut sur les déménagements, il pleure sur Montréal. Dans ma solitude entraînée par les hivers et la neige, je ne fête pas le Canada, je n’ai pas fêté le Québec. Je n’ai ni marqué la fête des Patriotes ni celle de la reine. Dans mon identité nationale confuse, je me réfugie, conscient que je ne suis pas seul dans mon isolement de glace. Conscient que mon expérience nous est commune, et que cela crée quelque chose qui résonne, lorsque pliés en deux nous rions ensembles des proverbes du capitaine Patenaude (9) ou quand nous pleurons de « se savoir un cœur et de n’être compris/Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage! » (10) Il m’est bon de savoir qu’il y a quelque chose d’unique ici. Et même s’il y a autant d’uniques que d’unités, comme ce couple qui me rappelle le mien, et comme mon couple me rappelle tous les autres. Et même si la complicité nait (plutôt que née?) du temps, des épreuves et des joies forgent des myriades de bulles de savon à saveur de sel et de sucre dont je ne ferai jamais partie. Et même si ma bulle est barbare et ancestrale aux oreilles de Parisiens blasés, il me fait plaisir de savoir que nous, on se comprend.
Yann Audin
1. Les cousins du Québec! abandonnés à une autre couronne de l’autre côté de la manche après un développement lent causé par un appât du gain plutôt qu’une vision à long terme.
2. Et par là j’entends que ceux qui nous entendaient se refusaient à l’idée que peut-être nous partagions une langue.
3. « Province » était utilisé par les Romains pour designer les territoires qu’ils avaient conquis.
4. J’entends par là « peu recherchées ».
5. Le nombre sept a été associé à beaucoup de choses en sa qualité de nombre premier...
6. Contrebalancée?! HA HA!
7. Et donc du monde!
8. Et sans mentionner que certains Chinois sont juifs.
9. Rien ne sert de courir… l’autobus est déjà passé.
10. Nelligan, « La Romance du vin ».
mardi 8 novembre 2016
27. L'Art Vivant, l'Art Mort
L'Art Vivant, l'Art Mort
Ou SIVA
Ou SIVA

Il y a quelques
mois, en revenant du travail, je me suis arrêté dans un lounge
branché du quartier chinois. J'étais encerclé par un groupe
d'adolescents bruyants et des joueurs de cartes. Entouré par la
foule, avec pour seule compagnie un grand Bubble Tea au chocolat
mousseux demi-bulle, nom de code « B C-30 1/2 B », je
lisait avidement Siva de Philip K. Dick. J'ai commencé Siva
il y a plusieurs années, je crois en avoir lu les deux premiers
tiers avant que la vie (scolaire) ne me rattrape et me force à
l'abandonner au profit d'autres lectures moins complexes et
satisfaisantes. Ce livre est une Source d’Information Vivante et,
de bien des façons, Agissante (S.I.V.A.)1, qui a
sommeillé au sommet d'une bibliothèque plusieurs années avant que
je ne le redécouvre il a environ un mois. Dans Siva, notre
univers irrationnel, issu d'un demiurge fou, tente à tout prix de se
débarrasser d'un corps étranger, rationnel et immortel. Ce dernier
tente d'abolir une structure psychique du nom d'Empire. L'Empire à
la forme d'une prison de fer noir immatérielle dans laquelle chaque
conscience est enfermée. Pire encore, déduire l'existence de
l'Empire et le combattre revient à se faire systématiquement
corrompre par celui-ci. Selon le personnage principal, cet être d'en
dehors de notre monde a tenté (au moins) quatre fois de nous libérer
de cette prison, mais sans succès. Le monde du demiurge fou le
reconnaît toujours et le repousse comme un virus. Par exemple, les
Romains détruisirent le Christ et que ses enseignements les plus
cryptiques furent oubliés dans des manuscrits pendant près de deux
milles ans. À la redécouverte de ces manuscrits, l'incarnation du
rationnel dans ce monde irrationnel est réintégré dans l'univers
et continue son œuvre contre l'Empire2.
Similairement, j'ai
redécouvert mon exemplaire de Siva : Son information est
sortie de sa torpeur après quelques années. Pendant ce laps de
temps, d'autres copies de ce même livre ont, sans le moindre doute,
été ouverts ailleurs dans le monde. Ces mêmes informations,
partagées par des milliers de personnes, ont passé par une myriade
de lentilles organiques et déformantes : Chaque lecteur a une
histoire, une culture, une langue d'origine. Surtout, chaque lecture
a son contexte. Le livre est donc vivant et partagé, pourtant, il
reste cantonné à des individus solitaires (plutôt que rassemblés),
isolés les uns des autres, et incapables de se reconnaître d'un
simple coup d’œil. Le livre est à la fois une œuvre vivante,
mais aussi morte3. Siva est au repos et actif, et
même lorsqu'il s'anime, il reste immobile. Cela m’amène à une
question : une bobine de film est elle le film? Cyrano de
Bergerac peut-il être simplement lu? Ou doit on assister à la
pièce? Qu'en est-il du film avec Depardieu dans le rôle titre? Et y
a t-il une différence entre ce même film montré au cinéma ou sur
petit écran?
Dans sa rubrique sur
les Midnight Movies, François Theurel, alias le Fossoyeur de Films,
donne indirectement quelques éléments de réponse à ces questions.
Les Midnight Movies sont ces « œuvres atypiques »
(Theurel)4 qui, dans les années 70, n'étaient projetés
qu'aux séances de minuit. Là, ils trouvèrent grâce au bouche à
oreille un public décomplexé et avides de transgression
cinématographique. Encore aujourd'hui, des jeunes se rassemblent et
se déguisent pour chanter les chansons de The Rocky Horror Picture
Show, nostalgiques d'un temps où leurs parents ne se connaissaient
pas encore. El Topo, The Rocky Horror Picture Show et
La Nuit des Morts-Vivants, pour ne nommer que ceux là,
transportaient leur public de minuit vers des moments collectifs
qu'on ne peut pas ressentir devant un petit écran :
L'expérience est hautement influencée par le contexte de
visionnement. Les Midnight Movies sont certainement rendus meilleur
par le visionnement en groupe5. J'ai bien sûr un contre
exemple, Under the Skin est une œuvre extrêmement
personnelle et claustrophobe que je suis heureux d'avoir vu seul, en
immersion totale et sans personne vers qui me tourner avec horreur
(ce qui serait arrivé à de multiples reprises)6.
Chaque œuvre à
donc un contexte de découverte optimal qui varie d'un individu à
l'autre. Les écoles que j'ai fréquenté ne semblent pas en avoir
jamais fait le moindre cas : J'ai eu de meilleures expériences
de visionnement de films en camp de vacance qu'en classe.
Parallèlement , j'ai eu plus de rétention pour ces films sans
intérêt que pour les quelques bons films que mes professeurs au
secondaire m'ont tant bien que mal lancé à la figure (avec autant
de grâce qu'une poignée de tartes aux couleuvres vivantes et de
conviction que le pauvre cuisinier forcé de travailler dans ces
conditions). Je me dois toutefois de lever mon chapeau bien haut à
mon cours universitaire de cinéma qui projetait les films étudiés
de soir, dans une classe équipée d'une sonorisation de qualité,
d'un écran panoramique et de sièges rouges rembourrés de cinéma.
Je faisais référence
plutôt à Cyrano de Bergerac
et bien que je n'ai pas de réponse définitive quant à l'attitude à
avoir à ce sujet, je crois
qu'il est bon de différencier la pièce du film. Ceux-ci
sont, à mon humble avis7, deux œuvres différentes qui
traitent de la même histoire. Pour préciser, chaque mise en scène
de Cyrano de Bergerac, chaque groupe d'acteurs, chaque
adaptation, chaque salle de cinéma et chaque public viendra modifier
l’œuvre et sa réception. De bien des façons, la pellicule du
film n'est pas le film, mais l'art peut être dormant, il peut être
une information sans conséquence… jusqu'à sa redécouverte. John
Malkovich a poussé ce concept en produisant un film qui ne sera pas
revu avant cent ans. Margaret Atwood s'est aussi prêtée à un jeu
similaire, un de ses manuscrits dort dans la Deichmanske Public
Library où il sera rejoint chaque année par un nouveau texte.
Ailleurs, une forêt a été plantée et ses arbres serviront à
imprimer ces textes en 2114. Ces informations prendront cent ans à
pousser avant d'être découvertes en tant qu'art.
![]() |
| Bubble Tea au L2 Lounge. |
Revenons en a il y a
quelques mois, dans mon lounge branché du quartier chinois. J'y ai
bu un B C-30 1/2 B en libérant de leur prison de pages quelques
milliers de mots, puis j'ai marché vers le métro Place-des-Arts. La
rue devant le Théâtre du Nouveau Monde était bondée de gens
heureux qui venaient de terminer 8878 que je
n'ai pas vu. J'ai alors été pris de cette nostalgie de l’événement
live qui frappe parfois le lecteur adepte du tout petit écran que je
suis. Pourtant, la performance est mon métier9, je suis
entouré de publics toujours différents et chacune de mes
représentations est unique. C'est peut-être cette proximité au
spectacle qui me donne tant envie de prendre place dans ces sièges
rouges, pour d'être entouré par d'autres qui, comme moi, viennent
célébrer l'art vivant.
1. S.I.V.A. signifie
« Système Intelligent Vivant et Agissant » dans le
livre, je me permets quelques libertés.
2. Le personnage en
question est, manifestement, fou à lier.
3. Improvisation sur
le thème de Je Suis vivant et vous êtes mort,
le titre de la bibliographie de Philip K. Dick par Emmanuel Carrère.
4. Référence pour
une grande partie du paragraphe: Theurel, François. LE FOSSOYEUR
DE FILMS – Les Midnight Movies. 16 avril 2014. En ligne. URL :
https://www.youtube.com/watch?v=ZZ7JjacarGM
5.
Par exemple, les critiques ont tendance à donner la note passable de
58% à The Rocky Horror Picture Show contre 79% pour les cinéphiles
sur Metacritic. Rotten Tomatoes suit cette tendance avec 80% pour les
critiques et 85% pour l'audience. Malgré une revue de seulement
7,2/10 par IMDb, ce film a sa place au National Film Registry de la
National Film Preservation Board et dans le Hall of Fame de l'Academy
of Science Fiction, Fantasy and Horror Films.
6. Juste pour info,
j'ai vraiment été horrifié par Under the Skin, mais c'est
une expérience cinématographique très forte et qui, je le crois,
en vaut la peine (même si elle donne envie de jouer du violon avec
les veines de son avant-bras et une scie rouillée).
7. Laissez moi
prétendre que je suis humble, ça flatte mon ego.
8. Pièce de Robert
Lepage en solo.
9. Rappelez vous mon
premier texte, je travaille dans un Planétarium, je donne des
« spectacles scientifiques » sur une base régulière.
samedi 17 septembre 2016
26. Greedy Apple, Hungry Apple
Greedy Apple, Hungry Apple
As Irish Universities spiral down in the QS World University Ranking(1), so does Apple's taxes on income in Dublin. The corporation sealed a deal with the Irish government so that Apple Sales International (ASI)—Apple's ghost company in charge of its offshore intellectual properties—only pays 0,005% of tax income(2) in Ireland. If most of Apple's innovations are made in the United States of America, the USA Permanent Subcommittee on Investigation (PSI) pointed out that most revenues generated from patents and original ideas were shifted offshore to Dublin. Apple then uses a legal loophole to avoid taxes from both the USA and Ireland as the USA checks, for tax purpose, where a company is incorporated and Ireland, where a company is managed and controlled. Just like ASI, Apple Operations International (AOI) and Apple Operations Europe (AOE) are managed from the USA while incorporated in Ireland. ASI pays almost nothing to Ireland while AOE and AOI have not paid anything to any government since thirty years(2).
In 2013, the PSI held a ten hours hearing titled the Offshore Profit Shifting and the U.S. Tax Code. Half of the hearing dealt with the ways Apple avoids to pay up to 9 billions US each year out of the 15 billions it has to pay on its pure profit(2). Other countries are also unable to tax Apple's activities on their territory. For instance, all European and most world wide Apple's profits are shifted to Ireland(3). On the 30th of August this year, the European Commission issued the result of a year long research about Apple's tax benefits in Dublin, followed by the statement that the Irish under-taxation of Apple was illegal according to European State Aid Rules. Apple's CEO, Tim Cook called the (at least) 13 billions Euros bill “political crap” and was in Brussels less than a week after the European Commission's decision to lobby in favour of the prior arrangement(4). Apple's executive also threatened Europe with job loss over the issue and Cook asserted the corporation would appeal to the decision(5). For the last year, Apple inc. broke the record for corporate profit in history with a staggering 53.4 billions in annual revenue.
About closing such loopholes used by Apple and other corporations, USA senator Carl Levin said in 2013 that they “could provide hundreds of billions of dollars to reduce the deficit and avert damaging budget cuts to our defense, our schools, our roads, the safety of our food supply and other important priorities”.(2) In Ireland, the Irish Universities Association blames the lack of funding over the last decade for the poor scores of its university(1). It is somewhat a paradox that the Irish government still refuses to claim any money to Apple to protect its image for international investors(6).
Over this situation, Apple will release on the 16th of September its new Iphone which has no headphone jack. This last is the one quasi-universal port that allows compatibility and retro-compatibility between all audio devices since more than half a century(7). This is not the first time Apple gets rid of technology still used by its concurrence, from floppy disks to DVDs(7). In the actual state of the laws on intellectual properties, the corporation insures that there is no compatibility between its product and the rest of the market. It forces costumers to either buy more Apple products or to use an adapter (which at least comes free with the phone, but makes for a clunky experience).
Altogether, the USA government is now working on closing diverse loopholes, the European Union on stopping tax evasion and Dublin on keeping its status as a gateway to Europe for the greediest of investors. In the context of austerity in most of Europe, getting back Apple unpaid taxes represents more than 2800 Euros for each Irish. In parallel, the USA could use some of the money it invests in its country to upgrade the security around its easy-to-enter-in nuclear facility(8).
Hungry Apple, Greedy Apple
Little ball of money
Hungry Apple, Greedy Apple
The-best-way-to-make-the-world-better-is-to-pay-your-taxes-to-insure-healthcare-good-infrastructures-and-improved-education-to-the-citizens-of-the-countries-where-you-make-an-insane-amount-of-profit.
1. http://www.iua.ie/iua-statement-on-qs-rankings-06-09-2016/
2. http://www.hsgac.senate.gov/subcommittees/investigations/hearings/offshore-profit-shifting-and-the-us-tax-code_-part-2
3. http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-16-2926_en.htm?locale=FR
4. https://www.theguardian.com/business/2016/sep/01/political-crap-tim-cook-apple-tax-ruling
5. http://www.dailymail.co.uk/news/article-3764393/Apple-faces-bill-billions-Irish-tax-affairs-EU-rules-company-effectively-received-state-aid.html
6. http://www.france24.com/en/20160908-ireland-fights-restore-investment-reputation-after-apple-ruling
7. http://www.bbc.com/news/magazine-35253398
8. https://www.youtube.com/watch?v=1Y1ya-yF35g
As Irish Universities spiral down in the QS World University Ranking(1), so does Apple's taxes on income in Dublin. The corporation sealed a deal with the Irish government so that Apple Sales International (ASI)—Apple's ghost company in charge of its offshore intellectual properties—only pays 0,005% of tax income(2) in Ireland. If most of Apple's innovations are made in the United States of America, the USA Permanent Subcommittee on Investigation (PSI) pointed out that most revenues generated from patents and original ideas were shifted offshore to Dublin. Apple then uses a legal loophole to avoid taxes from both the USA and Ireland as the USA checks, for tax purpose, where a company is incorporated and Ireland, where a company is managed and controlled. Just like ASI, Apple Operations International (AOI) and Apple Operations Europe (AOE) are managed from the USA while incorporated in Ireland. ASI pays almost nothing to Ireland while AOE and AOI have not paid anything to any government since thirty years(2).
In 2013, the PSI held a ten hours hearing titled the Offshore Profit Shifting and the U.S. Tax Code. Half of the hearing dealt with the ways Apple avoids to pay up to 9 billions US each year out of the 15 billions it has to pay on its pure profit(2). Other countries are also unable to tax Apple's activities on their territory. For instance, all European and most world wide Apple's profits are shifted to Ireland(3). On the 30th of August this year, the European Commission issued the result of a year long research about Apple's tax benefits in Dublin, followed by the statement that the Irish under-taxation of Apple was illegal according to European State Aid Rules. Apple's CEO, Tim Cook called the (at least) 13 billions Euros bill “political crap” and was in Brussels less than a week after the European Commission's decision to lobby in favour of the prior arrangement(4). Apple's executive also threatened Europe with job loss over the issue and Cook asserted the corporation would appeal to the decision(5). For the last year, Apple inc. broke the record for corporate profit in history with a staggering 53.4 billions in annual revenue.
About closing such loopholes used by Apple and other corporations, USA senator Carl Levin said in 2013 that they “could provide hundreds of billions of dollars to reduce the deficit and avert damaging budget cuts to our defense, our schools, our roads, the safety of our food supply and other important priorities”.(2) In Ireland, the Irish Universities Association blames the lack of funding over the last decade for the poor scores of its university(1). It is somewhat a paradox that the Irish government still refuses to claim any money to Apple to protect its image for international investors(6).
Over this situation, Apple will release on the 16th of September its new Iphone which has no headphone jack. This last is the one quasi-universal port that allows compatibility and retro-compatibility between all audio devices since more than half a century(7). This is not the first time Apple gets rid of technology still used by its concurrence, from floppy disks to DVDs(7). In the actual state of the laws on intellectual properties, the corporation insures that there is no compatibility between its product and the rest of the market. It forces costumers to either buy more Apple products or to use an adapter (which at least comes free with the phone, but makes for a clunky experience).
Altogether, the USA government is now working on closing diverse loopholes, the European Union on stopping tax evasion and Dublin on keeping its status as a gateway to Europe for the greediest of investors. In the context of austerity in most of Europe, getting back Apple unpaid taxes represents more than 2800 Euros for each Irish. In parallel, the USA could use some of the money it invests in its country to upgrade the security around its easy-to-enter-in nuclear facility(8).
Hungry Apple, Greedy Apple
Little ball of money
Hungry Apple, Greedy Apple
The-best-way-to-make-the-world-better-is-to-pay-your-taxes-to-insure-healthcare-good-infrastructures-and-improved-education-to-the-citizens-of-the-countries-where-you-make-an-insane-amount-of-profit.
1. http://www.iua.ie/iua-statement-on-qs-rankings-06-09-2016/
2. http://www.hsgac.senate.gov/subcommittees/investigations/hearings/offshore-profit-shifting-and-the-us-tax-code_-part-2
3. http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-16-2926_en.htm?locale=FR
4. https://www.theguardian.com/business/2016/sep/01/political-crap-tim-cook-apple-tax-ruling
5. http://www.dailymail.co.uk/news/article-3764393/Apple-faces-bill-billions-Irish-tax-affairs-EU-rules-company-effectively-received-state-aid.html
6. http://www.france24.com/en/20160908-ireland-fights-restore-investment-reputation-after-apple-ruling
7. http://www.bbc.com/news/magazine-35253398
8. https://www.youtube.com/watch?v=1Y1ya-yF35g
samedi 6 décembre 2014
25. Hurl-ô-blanc
Hurl-ô-blanc
Après
plusieurs semaines sans écrire pour écrire, sans lire pour lire, se
lancer dans un texte pour le simple plaisir de le faire devient un
art complexe, car des semaines de travaux littéraires obligés et,
surtout, productifs, paralyse cette capacité à laisser tomber les
barrières de la discipline et à laisser libre cours à une
créativité que l'on doit maintenant débrider plutôt que contrôler
(pour ne pas dire réprimer).
L'hiver
me frappe chaque année par sa blancheur. Je sens que l'univers
entier se ligue pour me livrer une seule et unique information :
BLANC. Hurlé haut et fort du haut de nuages infinis et insipides, la
neige m'entoure, m'assiège par son ennui glacé. En dessous, le vert
de l'herbe, le gris de la pierre, le bleu de l'eau que j'aimerais
garder. Au loin, mais tout de même en dessous, le noir du goudron,
le blanc des trottoirs, l'odeur des poubelles que j'aimerais oublier.
Exception intrinsèque à l'ère post-industrielle, les routes où le
blanc devient noir, brun et gris. Les routes, seuls chemins
praticables entre A et B, A, l'endroit où je suis, et B, l'endroit
où je vais et ou je dois aller, et où je me retrouve embourbé
plusieurs fois par jour.
On
retrouve, dans la culture populaire, de grands espaces blancs qui symbolisent la pureté, le calme et le paradis y est juché sur des
nuages immaculés. Pourtant, l'absence de couleurs en est aussi une
d'informations, de moyens ou d'idées, c'est peut-être pourquoi dans
certains films de science-fiction, le couleur blanche devient parfois
celle de l'enfer, du mal et de la mort, venant ainsi renforcer un
sentiment d'aliénation chez le téléspectateur. Encore plus
paniquante est la blancheur lorsque celle de la feuille n'est pas
troublée par l'encre ou la mine du crayon d'un auteur au désespoir,
incapable d'écrire, car peut-être paralysé par une discipline
incompatible avec le caractère imparfait de son ébauche mentale ou
par les liens qui maintiennent sa créativité, bridée, ou réprimée…
...
Si
étaient assemblées l'une à la suite de l'autre chacune des pages
de chacun des livres de chacune des étagères de chaque salle de
l'infinie Bibliothèque de Babel telle que décrite par Borgès et
que celles-ci étaient méticuleusement copiées sur une seule et
unique page, cette page serait plus noire qu'une énigme sanglante et
nocturne imbriquée dans un contexte palustre par lune noire. Dans ce
seul carré noir, résumé écrasé de tous les livres possibles au
sens probabiliste du terme, comme le décrit par l'Auteur :
« Tout
ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues. Tout :
l'histoire minutieuse de l'avenir, les autobiographies des archanges
(…) l'évangile gnostique de Basilide, le commentaire de cet
évangile, le commentaire du commentaire de cet évangile, le fait
véridique de ta mort, la traduction de chaque livre en toutes les
langues, les interpolations de chaque livre dans tous les livres… »
Et
si de ces innombrables lignes, nous tirions plutôt toute la noirceur
du monde, non pas celle des mots sur le papier et du démoniaque
figuré, mais celle qui fait peur dans une brume nocturne. Ce noir
serait les infinies explosions d'insondables murmures porteurs de
tous les mensonges et non-sens que portent les pages de la
Bibliothèque de Babel, de chaque vérité et de ces milles
déclinaisons que nul n'oserait imaginer ou ne saurait se montrer
digne de trouver.
Si
j'aime à imaginer le blanc comme absence et les ténèbres comme une
toile absurdement dense cachant ce que tous cherchent, ou craignent,
mensonges et vérités, c'est peut-être pour rationaliser mon dégoût
de l'hiver. C'est peut-être aussi parce que j'ai envie d'écrire,
parce que j'aime écrire, et que devant moi ne se dresse plus qu'un
seul examen pour un cours qui a avalé chaque semaine une part
importante du temps que j'aurais donné à lire et écrire en
m'obligeant à écrire et lire. Et finalement, parce que ces mots
glissent l'un sur l'autre dans mes pensées depuis plusieurs nuits.
Odin
mardi 17 juin 2014
24. Miscellaneous 1
Miscellaneous
1
Since English is not my native tongue, I decided to publish two small
texts, the first humoristic, the second more dramatic. I'm very sorry to not
post enaugh stock for the 3 or 4 people who are following me, I'm using all my
writing time to the purpose of the LARP I'm implicated in.
An Umbrella
If you ask
me what I want for Christmas, my birthday or just to make me a gift, I would
answer, without any hesitation, an umbrella, but not any kind of.
I would
like the kind of umbrella you have to search a long time in many very classy
boutiques. Preferably a black one, in any way something sober in the colours. I
would like it to have a beautiful handle, with maybe a strange form like an
animal, a distorted drop or an ancient design. This very handle should be of warm
wood or from a shinny metal that would resist through time (and space). This
kind of umbrella would be very strong, I would like it to carry on with me for
ten years before I stop using it under non-exceptional circumstances, not
because it is becoming weak of its old age, but because I like it so much that
I don’t want to loose it.
I would
like this umbrella so much, that I may move in Vancouver
or London to be
sure to always have a reason to carry it. I may also travel in Viet-Nam during
the rainy season and all this, in the name of my umbrella and all this, with my fear
of giant spiders (the kind we can actually find in Viet-Nam). In any city,
while the sky is blue and the air is hot, I would use it as a can and think of
myself as a gentleman. I would tell story to my children and grand-children of
the adventures of this umbrella until one day my will of being burned with it
will be fulfilled, alive or dead, it would not matter to us, me and my old
umbrella, an old and strong umbrella with no name to continue to walk as a
gentleman in every places my death will bring me.
I’m not
serious on this, but still, if you give me an umbrella for my birthday, I’ll be
happy as that one time my mother asked me what I would like fore Christmas and I
joked about a radio-controlled helicopter.
I still
really don’t know what to do with the helicopter. I guess I’ll find something
soon.
I,
He, then she, we.
I
lost control again.
From what I am and want to be
To what I love and cherish
I lost control again
From my horror and envy
To the last as the first
I lost control again
From flesh and chemistry
To odours and looks
I lost control again
From hands and friends
To cheek and pride
He lost control again
From stupor and shock
To flight and silence
We lost control again
From love and friends
To fear and shock
She lost control again
From solitude and run
To run and solitude
I lost control again
From here
'Till tomorrow
I've lost control again
From sorrow and story
To sorry and history
I'll lost control again
From what's lost
To what's different
We'll lost control again?
Toujours là pour les commentaires
Odin
P.S. She Lost Control Again is a song by Ian Curtis, lead singer of Joy Division.
From what I am and want to be
To what I love and cherish
I lost control again
From my horror and envy
To the last as the first
I lost control again
From flesh and chemistry
To odours and looks
I lost control again
From hands and friends
To cheek and pride
He lost control again
From stupor and shock
To flight and silence
We lost control again
From love and friends
To fear and shock
She lost control again
From solitude and run
To run and solitude
I lost control again
From here
'Till tomorrow
I've lost control again
From sorrow and story
To sorry and history
I'll lost control again
From what's lost
To what's different
We'll lost control again?
Toujours là pour les commentaires
Odin
P.S. She Lost Control Again is a song by Ian Curtis, lead singer of Joy Division.
lundi 7 avril 2014
23. La peur (non Zweiguienne)
La peur (non
Zweiguienne)
« Elle ne voulait
plus penser à rien, elle ne voulait plus que vivre, s’étourdir, occuper son
esprit à des choses vides et dénuées de sens.»
-Stefan Zweig, La Peur.
J’ai encore perdu mes
élections contre l’absence.
Contre ceux qui disent
venez me voir, je ne suis pas… Venez me voir, je ne ferais pas…
J’ai encore perdu mes
élections contre l’argent.
Contre ceux qui disent
que c’est La priorité. Ceux qui disent qu’il faut couper.
J’ai encore perdu mes
élections contre le mensonge.
Contre ceux qui disent
qu’eux sont ceci. Qu’ils sont cela.
J’ai encore perdu mes
élections contre la peur.
Contre ceux qui disent
qu’eux feront ça. Si on ne les empêche pas.
J’ai encore perdu mes
élections contre la mort.
L’absence, l’argent,
le mensonge et la peur.
La mort.
Mon peuple a vécu d’espoir.
Vainquant la mer.
Vainquant le froid.
Vainquant la neige.
Vainquant la mort!
Et aujourd’hui, j’ai
encore perdu mes élections.
Parce que mon peuple a
voté pour la mort.
On lui a fait peur.
On lui a menti.
On n’a parlé que d’argent.
Et l’absence fut
promis.
Et « on », a
gagné.
Et nous sommes morts
des votes.
Et nous avons perdu de
peur.
Mais pourquoi n’ai-je
pas peur? Suis-je différent? Ai-je un manque?
Suis-je seul à vouloir
autre chose?
À rêver haut?
Pour ne pas toucher bas.
À rêver haut?
Pour ne pas toucher bas.
Suis-je seul à vouloir
hurler? À vouloir m’enfuir?
Non.
À vouloir vivre,
chanter et danser mon amour d’autre chose.
Vouloir, futur, innover,
faire, joie, durable.
À force de trop
vouloir déconstruire l’autre, qu’arrive t-il à soi sinon que le néant de ne
plus être dans l’avant, mais dans l’arrière?
Animer le feu qui brûle
vers l’ennemi de quel projet? Si se meurt la flamme de l’idéal qu’est celui-ci.
Créer, grandeur, aller,
amour, courage, penser.
Si les nombres sont
contre l’espoir.
Si les masses se
terrent dans l’arrêt.
Si la pensée recule
sous l’apathie.
JE ME TIENS DROIT.
Culture, Nation, Santé,
Force.
JE ME BATS.
Art, Vie, Science, Environnement.
J’ESPÈRE.
Souveraineté, Éducation,
Enfance, Avenir.
JE RÊVE.
Je suis vous.
PS1. Et « nous savons
que nous ne sommes pas
seuls.»
-Michèle Lalonde, Speak White.
À dans 4 ans. (1)
P.S.S. À l'école de la musique et de la poésie, on apprend pas, on se bat!
-Leo Ferré
-Leo Ferré
Odin
1. Pour les élections, je vais vous écrire avant dans 4 ans!
mercredi 19 mars 2014
22. Bonne fête Yann
Bonne fête Yann
Aujourd'hui, on m’a
rappelé mon anniversaire et je commence à écrire avant même de m’être
souhaité une bonne fête.
Aujourd'hui, ça fait
deux décades que j’existe. De 1994 à 2014, 20 années où mon cœur ne s’est arrêté
que quelques fois lors de dangers ou de baisers. Deux fois dix ans dont seules quelques brides se promènent encore en ma conscience qui n’a sûrement pas
commencé en 1994.
J’ai essayé de me
rappeler de ma première conscience, je n'ai réussi qu'à retrouver mon premier souvenir. Je suis dans un parc, je me balance
doucement, je n’arrive jamais à aller haut. J’aimerais aller plus vite, je ne
veux pas voir que je suis si bas, je ferme mes yeux très forts. Quand le vent
fouette mon visage et le temps entre deux hauteurs maximums est assez grand, j’ouvre
les yeux. Je me balance autrement, j’ai compris comment fonctionne la
balançoire, je sais, je sens que la balançoire ne peut me porter plus haut, j’ai
atteint sa limite.
D’autres épisodes de
ma vie, enfouis dans mon brouillard, sont liés au même petit garçon sur sa
balançoire.
Mon père cherche
partout. Ça sent le brûlé, mais nul ne le sent. Je vais à la fenêtre, une pièce
du toit enflammé tombe de deux étages plus haut. Nous sortons, tout le bloc est
en feu, et moi je veux aller jouer au parc. Ça, on me l’a raconté, je ne me
rappelle que du morceau en feu. On ne me laisse pas aller jouer au parc même si
rationnellement, on ne peut rien faire pour aider les pompiers. J’apprends que
certaines choses doivent être vécues en personne, qu’elles sont une expérience
symbolique, qu'elles ont une importance symbolique.
J’apprends aussi que
le feu n’est pas un jeu.
Ma première école
primaire, je suis second de classe et je suis jaloux. C’est un territoire et
ceci est une lutte, je serais le plus intelligent.
La cours de la même
école, nous sommes trois, nous sommes ensemble et nous sommes forts. Les autres
sont plus, mais nous ne faiblirons jamais, l’honneur avant tout, nous mourrons
bien avant l’abandon.
Bien plus tard, j’ai
compris que cette rivalité dans cette cours n’était qu’un jeu et que ceux de l’équipe adverse étaient de bons amis du Yann de première année. Mais ce sentiment
de courage et d’honneur avait pris une dimension épique que je garderais jusqu'au
moins ce jour.
Je quitte la ville pour la campagne, une nouvelle école. Choc de culture, l’intelligence et l’honneur
m’importait, le monde s’en foutait. J’étais le plus petit, j’étais nouveau. Quelque chose est mort en moi là-bas, beaucoup d'autres créatures y sont nées
La cour de cette même
école, du muscle s’avance vers moi, je lui demande s’il sait ce qu’est une racine
carrée ou une division. Il avance, je recule. Il s’en fout, je lui prouve cinq
fois par A=B qu’il ne sait qu’une fraction de ce que je sais, qu’il est
incapable de penser, qu’il est même complètement stupide. Il charge.
Mes valeurs ne sont
pas celle de mon nouveau monde. J’aimerais partir. J’ai appris le courage, j’ai
appris l’honneur. Je confronte toujours et pour cela, je me fais punir.
Sortie scolaire, je
crois que c’était de la raquette, je sais que j’ai lancé des chaises. J’ai été
puni, et condamné injustement pour m’être défendu, à rester assis sur la chaise qui gît
à quelques mètres de moi et de l’adulte qui tente de me maîtriser physiquement.
Tous les adultes de l’école sont des connards, il s’en foute de nous. Je
confronte.
J’ai un ami qui vit
proche de chez moi. On se bat avec des branches, je rêve de faire du grandeur
nature, mais mes parents ne m’y accompagnerons jamais et je n’ai pas l’âge d’y
aller. Un jour, son père ramasse toutes les branches sur le terrain et fait un
feu. J’arrive à déterminer à partir d’un morceau de cinq centimètre de large qu’il
a détruit un de mes bâtons préférés d’un coup d’œil. Je l’utilisais depuis plus
d’un an, je le connaissais par cœur.
Dans ma vie, tout s’accélère,
je n’ai plus le temps pour les morales d’enfant. Je n’ai plus le temps de
fermer les yeux sur la balançoire. Et pour la première fois, j’ai peur de la
mort.
C'est environ ici que je commence à exister, il y avait un avant, il y a un maintenant.
Tous mes étés, entre 7
et 13 ans, je vais au même camp municipal. Mon avant dernier animateur, Cortex,
me donne envie d’animer. Il n’est pas comme les autres animateurs, c’est un
chef de meute qui n’hésite pas à faire des folies pour nous. Une fois, en
camping, un responsable nous trouve entourant une pierre arrosée de kérosène
enflammée en train de faire nos hommes des cavernes et de grumeler « hou, hou,
feu de roche! »
Dernière journée de
mon primaire. Des gens pleurent. Je suis heureux. Vraiment très, très heureux.
Je verse une seule larme sur mon trajet d’autobus. J’adore ce trajet d’autobus.
J’y ai lu plus de livre que n’importe qui d’autre qui l’emprunte, je ne sais
pas que le prochain sera encore plus long, et que je lirais encore plus vite.
Dans le bus du
secondaire, deuxième année, je déteste « l’autre Yann ». Il est
sarcastique, fendant, irrévérencieux et s’assoit souvent avec moi.
Dans le bus du
secondaire, troisième année, bataille avec « l’autre Yann », nous
nous immobilisons l’un l’autre, et au même moment, nous mimons de frapper l’autre
avec nos fronts en disant, de manière simultanée, « Il reste ma tête! ».
Bien sûr, deux personnes qui miment de se frapper se rencontrent à mi-chemin, certains ont des coups de foudre, nous, c'était sur un coup de tête.
« L’autre Yann »
est mon meilleur ami.
Tous mes étés entre 14
et 16 ans, je travaille au même camp qui a vu mes dernières vacances. Je tente
d’être comme Cortex, mais en plus sage.
Nous sommes quatre et
avons pris le contrôle d’une porte assez fréquentée. À chaque personne qui
passe, nous nous inclinons poliment d’un « bonne journée ». Certains se sentent insultés. Tant pis.
Je participe à mon
premier grandeur nature, mon personnage passe 12 heures à s’enfuir, se faire
des amis orcs et jouer de la flûte. Je fais de cette activité l’une de mes
passions.
À 17 ans, l’administration
de mon camp change, on ne me reprend pas. Premier pas dans l’inconnu depuis le
secondaire. Je fais des ménages durant deux jours, démissionne et suis engagé
le lendemain dans un autre camp de jour.
Au cégep, je me plais
la première année, je me sens en avance et ne m’en fait pas tellement pour mes
notes. Seule la chimie me pose problème. Je ne suis pas bon en laboratoire et
la manipulation me rend malade. J’ai toujours voulu être et été un cérébral. Je
réussi à passer, c’est l’important.
Je commence à
considérer que je suis peut-être, parfois, un adulte, c’est un pas de géant.
J'apprends l'existence de Bishop à cause d’un hasard, mon amie parlait d’architecture avec le représentant de Laval depuis plusieurs minutes, je m’ennuyais, j’ai trouvé un kiosque mauve inoccupé et ai commencé à lire une brochure. La femme qui s’en occupait revient des toilettes et me demande ce qui m’intéresse. Alors que je dis le mot « physique », son sourire glisse. Avec son accent anglais, elle me dit que la physique à Bishop est très spéciale et vraiment pas pour tout le monde. Je veux en savoir plus, elle m’explique que Bishop se concentre surtout sur l’astrophysique.
Je décide d’aller à Bishop.
Un été en camp de
vacance, à plusieurs heures de route de chez moi. Je réussi à créer des
souvenirs incroyables pour les enfants, je suis en conflit avec mon patron. Même
s’il avait voulu me reprendre l’an prochain, il me dégoûte, je refuserais. Je fuis vers
quelque chose d’autre. J’envoie un CV au planétarium de Montréal, mais je n’ai
pas de réponse. Ma mère en parle à une de ses amies qui envoie directement mon CV a une amie,
mais je n’ai pas de réponse. J’en parle à ma grand-mère, on m’appelle moins de
48 heures plus tard. Merci grand-maman. Je passe l’entrevue avec succès, mon été suivant sera à
Montréal avec l’emploie le plus incroyable que je peux imaginer, dans une ville
qui m’agresse en permanence.
Après un spectacle au
planétarium, quelqu'un s’approche de la console. « Salut Yann »,
quelques secondes de regard. « Cortex. » Merci de t’être souvenu de
moi, c’est sans doute le plus beau compliment que tu pouvais me faire.
Aujourd'hui, j’ai 20
ans. Je suis étudiant en physique et littérature anglaise, et lorsque je
regarde derrière moi, je vois d’immenses ombres qui sont autant de raisons qui
m’ont poussé à partir, à fuir si souvent. Mais j’aperçois également des
hasards, des valeurs qui m’ont poussé à avancer, à détruire l’inconnu à grand
renfort de curiosité et d’optimisme. Et maintenant, je porte mon regard vers l’avant
et je lève la tête, avec la fierté d’un petit bonhomme sur la balançoire et le
courage d’un trio d’honorable guerrier dans la cour de récré, avant de faire
toujours un pas de plus, plus haut, plus vite, meilleur. Il y a quelques années, je trouvais ridicule l'enfant qui prouvait par A=B que son assaillant était stupide. Aujourd'hui, j'en suis fier.
Aujourd’hui, j’ai
pensé, j’ai regardé en arrière, et j’ai regardé comment j’allais vers l’avant. Et
je me suis souhaité bonne fête.
Yann,
Bonne fête et merci
pour tout.
Yann.
Demain est l’équinoxe
de printemps. N’oublier pas de le célébrer, ou au moins d’y penser.
P.S. Mon premier texte en anglais est en écriture et sera bientôt en ligne si ça ne vous dérange pas (c'est ma fête, je le mettrais en ligne même si ça vous dérange).
mardi 25 février 2014
21. Spécial
Spécial
J’ai fait aujourd’hui pour mon cours de science-fiction une
présentation sur comment nos perceptions sont mises à mal dans le film Men in
Black et dans le livre Do Androids Dream of Electric Sheep de Philip K. Dick.
Malgré un anglais très hésitant, j’ai plus tenu la classe en alerte que ma
partenaire qui citait Kant dans ses propos sur les limites de nos sens dans les
œuvres à l’étude.
Il y a, dans le livre de K. Dick, un personnage nommé
Isidore dont le cerveau a, semble t-il, été endommagé par la
poussière radioactive qui recouvre la Terre dans le monde post-apocalyptique proposé par
l’auteur. Il n’a pas le droit d’émigrer sur Mars et n’est pas assez intelligent
pour occuper une fonction d’importance sur Terre, il vit seul dans un des
multiples appartements d’un building gigantesque qui pourrait loger des
milliers de personne si celles-ci n’avaient pas fuit vers le nouveau monde sain
qu’est maintenant la planète rouge. Isidore est sans doute le plus beau
personnage de Do Androids Dream of Electric Sheep. Il est empathique, attachant
et, malgré ses déficiences qui lui valent le titre de « spécial »,
capable de raisonnements que les autres personnages, guidés par les conventions
sociales et culturelles (sous-entendu ici, par le capitalisme), peinent à
comprendre.
Je l’ai donc très bien pris quand, en allant me rasseoir,
j’ai entendu à l’arrière de la classe Docteur Malley dire : « You’re
special Yann », ce à quoi j’ai répondu un timide « Thank
you. »
Mais là n’est pas le point.
Je vous écris malgré une charge de travail monstre, celle là même qui m’a obligé à écrire un essaie de trois pages en une journée, en plus de voir ma copine (2) et de préparer cet oral dans les temps morts. J’ai quand même l’avantage, le lundi matin, de commencer mes cours à 11h30, ce qui pouvait me permettre de me préparer le jour même, et le désavantage de ne jamais réussir à me lever à temps.
Je vous écris malgré une charge de travail monstre, celle là même qui m’a obligé à écrire un essaie de trois pages en une journée, en plus de voir ma copine (2) et de préparer cet oral dans les temps morts. J’ai quand même l’avantage, le lundi matin, de commencer mes cours à 11h30, ce qui pouvait me permettre de me préparer le jour même, et le désavantage de ne jamais réussir à me lever à temps.
Pourtant, ce matin, alors que j’arpentais mon univers
onirique, j’y entrais dans ma classe, me trouvais sans ressource pour mon exposé. Je décidais donc de me lever plus tôt ce matin là pour avoir tout le temps qu’il me
fallait pour me préparer.
J’ai ouvert brusquement les yeux sur le cadran; 7h00. Pas
7h01 ou 6h59, un rond, un parfait, un improbable 7h00 qui me donnait plusieurs
heures d’avance pour pratiquer avant mon cours de Science-Fiction.
Devant ce sentiment de grandeur et d’émerveillement, j’ai
fermé les yeux et me suis levé à 8h30, ai déjeuné tout doucement et griffonné
quelques notes sur un post-it (qui ne mérite même pas ce nom vu son absence
d’adhésif), puis je suis allé en classe et ai été qualifié de spécial par Dr Malley à la fin de mon exposé.
Si vous voulez rire, regardez Men in Black, si vous voulez
réfléchir, prenez n’importe quel livre de K. Dick. C’est dans Do Androids Dream
of Electric Sheep que j’ai lu le mot wespe pour la première fois. Sans Do
Androids Dream of Electric Sheep, je n’aurais pas écrit mon texte 2. Sans mon
cours de Science-Fiction, je n’aurais jamais su à quel point ma lecture de mai
2013 aurait pu aller plus loin, merci Dr Malley!
Je reste présent sur les commentaires.
Odin
| Mon album préféré |
P.S. Un jour mon père m’a dit que le groupe musical auquel
il revenait toujours était The Cure. Sans la moindre autorité vu mon jeune âge,
je ne peux que citer mon père : « Le seul groupe auquel je reviens
toujours est The Cure. » C’est dit.
P.P.S. Je risque d’essayer d’ici peu d’écrire un article ou
deux en anglais histoire de pratiquer, d’expérimenter les différences
linguistiques et stylistiques, et surtout de donner quelque chose à lire à mes amis unilingues
anglophones de l’université! J'essaierais bien sûr de trouver un sujet qui se prête mieux à la langue anglaise qu'au français.
1. Quand j’ai commencé à écrire, on était encore
aujourd’hui, et quand vous lirez, on sera sans doute demain.
2. Elle se nomme Camille et nous sommes allés prendre un
bien peu productif thé si vous voulez tout savoir.
samedi 1 février 2014
20. Who the Hell I am?
Who the
Hell I am?
Je continue de me le demander régulièrement. Avant de
m’endormir, devant un miroir, plongé dans un livre. C’est une question
incroyablement complexe et abstraite.
J’ai 19 ans et je n’agis pas comme un adulte, mais je ne
suis pas non plus un enfant. Mes comportements passent de l’immaturité totale au
plus grand professionnalisme en un clin d’œil. Une part de moi veut absolument
que je reste à jamais un enfant, mais une autre aspire à la grandeur, une
grandeur qui n’est pas celle d’un jeune homme qui s’amuse. Parfois, je crée une
apparence vestimentaire de gamin de manière volontaire et tente de me faire
prendre au sérieux, d’autres je m’habille n’importe comment et tente d’agir en
« grande personne » qui ne porterais pas un pantalon habillé sans
ceinture avec un T-shirt de festival de théâtre et des Converse…
Je doute très souvent de mon intelligence, celle là même
qu’on vante à ma place à gauche à droite (1). Je doute de tout en fait, autant
de mes qualités que de mes défauts.
Même physiquement, je n’ai pas la moindre idée à quoi je
ressemble. Les seuls choses qui sont sûres sont celles qu’il m’est impossible
d’ignorer ou avec lesquelles je dois gérer quotidiennement. J’ai les yeux
verts, les cheveux bruns et une barbe dont je prends soin pour avoir l’air de
quelqu’un qui ne prend pas soin de sa barbe. Je suis un petit peu plus petit
que les autres garçons, et c’est tout.
C’est le néant. Ai-je les sourcils froncés? Le visage rond?
La mâchoire proéminente? Un regard froid? Les oreilles décollées? Aucune idée,
et je ne manque pas de mots à mettre sur ce que je vois dans la glace. Je
n’arrive pas à le saisir. À le comprendre.
Et puis, comment définit-on un humain?
Par ses actions? Ses pensées? Ses goûts? Ses implications?
Un peu de tout?
Sans aucun doute, même si cela me ramène perpétuellement à
un paradoxe complet. Je suis inconstant et changeant, indescriptible,
insaisissable.
Devant moi, trois réflexions différentes peuvent expliquer
mon incapacité à me comprendre.
La première est la plus simple, je ne me connais pas
suffisamment, ou ne suis pas assez brillant, ou ne me questionne pas
suffisamment fort, pour comprendre l’être complexe et quinté-dimensionnel (à
quelques chose prêt, mais ce mot a la classe) que je suis. Une hypothèse qui
est à la limite du réconfort, il est possible de comprendre ce que je suis; et
de la déception, je suis incapable de comprendre ce que je suis.
La seconde implique que je sois paradoxal dans mon essence,
et donc que j’ai une bonne compréhension de moi en tant qu’être déroutant. Il
ne me reste plus qu’à l’accepter et approfondir cette piste. Dans ce cas,
suis-je le seul ainsi? L’humain en soit serait une créature de dualité? C’est
ce que je crois. Toutes mes réflexions m’y mènent depuis des années.
L’humain manque de stabilité et
d’omniscience dans sa propre tête pour n’être qu’une fine ligne droite sur une
feuille de papier. Il est un barbeau en trois-dimensions changeant dans le
temps et la conscience tente d’y voir clair figée dans un mouvement incohérent
et presque incontrôlable.
Finalement, l’humain pourrait être une créature que je
qualifierais, dans un abus de langage volontaire, de liée à la divinité. Ce qui
se résumerais par l’existence, en chaque homme et femme, d’une part d’être
venant d’un univers (dans tous les sens, larges et plus petits) différent du
nôtre où la raison que nous appliquons et les émotions que nous ressentons
n’ont soit pas court, son obsolète ou sont magnifiée par une forme de
conscience supérieure que nous ne saurions atteindre pour des raisons qui,
possiblement, échappent même à notre mode de pensée actuel.
On retrouve ce genre de légendes dans plusieurs cultures et
littératures. La divinité est en l’homme et lorsqu’on y touche, peu importe au
travers de quelle croyance, on a la foi.
Je ne crois pas poursuivre l’analyse plus loin aujourd’hui,
de toute façon, mon but reste de fournir des pistes de réflexions et rarement des
réponses, et mon rhume ralenti mes capacités.
Je reste assez réactif sur les commentaires.
1.
-Tu fais quoi dans la vie?
-Je suis étudiant.
-En quoi?
-En physique et littérature.
-Es-tu en train de me dire que je suis devant un génie?
-Heum?!?
jeudi 19 décembre 2013
19. Blé d'inde
Blé d'inde
La fête se termine bien passé minuit, nous partons vers deux
heures du matin.
J’ai le temps de m’endormir et de me réveiller deux fois,
nous déposons les deux autres, ma conductrice a faim, nous nous arrêtons chez
Ashton. Elle prend une poutine, moi, un verre d’eau. Je tolère mal le fastfood,
il me reste sur le cœur et me rend souvent malade. Il est quatre heures du
matin, qu’est-ce que je fous dans un Ashton?
Nous sommes les deux assis, elle mange, je bois. Discussion
conventionnelle sur la soirée passée, le casse-croûte se vide rapidement, la
fermeture est imminente, outre les employés, plus que nous et un homme dans la
quarantaine.
Elle a terminé, mais la discussion a déviée sur les
manteaux, puis sur nos parents et l’homme s’approche.
-Vous-êtes vraiment beaux tous les deux, ensemble. Un beau
petit couple, on voit vraiment l’amour dans vos yeux. Vous me faites penser à
moi et ma femme quand on avait vingt ans, on s’est marié, quatre enfants, pis
là, on est divorcé. C’est ça qui va vous arrivez, mais pareil, ça c’est
important, faites jamais de violence, restez calme. »
Ma conductrice pouffe de rire discrètement et le remercie.
J’ai remarqué (appelez moi Capitaine Obvious (1)), dès le début de son
discours, que l’homme était ivre.
Il continue de sa tirade plus ou moins sensée quelques
secondes, puis on lui annonce que nous ne sommes pas ensemble.
En fait, on se connait depuis quelques heures.
Il s’en va après son taxi, nous partons quelques minutes
plus tard. Son taxi n’est pas là, il nous salue de la main, je le salue en retour.
En tournant le coin, elle se tourne vers moi et me dit
« Quand même, s’tun maudit blé d’inde. » J’ai ri, elle vient de
Chicoutimi et en deux fois deux heures de route, elle a qualifié de maïs
quelqu’un qui oubliait son clignotant, quelques invités de la fête, une
situation drôle avec ses amis. Je crois qu’elle m’a aussi traité de blé d’inde,
mais je ne me souviens plus dans quelles circonstances, c’était peut-être
quelqu’un d’autre.
Je lui répondu qu’en effet, mais que je trouvais surtout ça
triste.
Ce n’est pas ma première rencontre de ce type (2). Ce n’est
pas non plus la dernière. J’en suis conscient. Je les redoute.
Il n’y a pas de morale que je tienne à apporter, c’est
simplement une histoire. Et une demande. Ne soyez pas un blé d’inde dans un
Ashton.
C’est aussi une promesse. Je ne serais pas l’homme dans la
quarantaine qui regarde, la vision déformée par l’alcool, deux jeunes adultes
pour venir leur raconter, saoul, sa séparation avec sa femme.
À la question « qu’est-ce que je fous dans un
Ashton? », il ne devra y avoir que de bonnes réponses.
2. Ce type n’étant pas ce type en particulier, mais de
ce type en général.
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