jeudi 19 décembre 2013

19. Blé d'inde

Blé d'inde

La fête se termine bien passé minuit, nous partons vers deux heures du matin.

J’ai le temps de m’endormir et de me réveiller deux fois, nous déposons les deux autres, ma conductrice a faim, nous nous arrêtons chez Ashton. Elle prend une poutine, moi, un verre d’eau. Je tolère mal le fastfood, il me reste sur le cœur et me rend souvent malade. Il est quatre heures du matin, qu’est-ce que je fous dans un Ashton?

Nous sommes les deux assis, elle mange, je bois. Discussion conventionnelle sur la soirée passée, le casse-croûte se vide rapidement, la fermeture est imminente, outre les employés, plus que nous et un homme dans la quarantaine.

Elle a terminé, mais la discussion a déviée sur les manteaux, puis sur nos parents et l’homme s’approche.

-Vous-êtes vraiment beaux tous les deux, ensemble. Un beau petit couple, on voit vraiment l’amour dans vos yeux. Vous me faites penser à moi et ma femme quand on avait vingt ans, on s’est marié, quatre enfants, pis là, on est divorcé. C’est ça qui va vous arrivez, mais pareil, ça c’est important, faites jamais de violence, restez calme. »

Ma conductrice pouffe de rire discrètement et le remercie. J’ai remarqué (appelez moi Capitaine Obvious (1)), dès le début de son discours, que l’homme était ivre.

Il continue de sa tirade plus ou moins sensée quelques secondes, puis on lui annonce que nous ne sommes pas ensemble.

En fait, on se connait depuis quelques heures.

Il s’en va après son taxi, nous partons quelques minutes plus tard. Son taxi n’est pas là, il nous salue de la main, je le salue en retour.

En tournant le coin, elle se tourne vers moi et me dit « Quand même, s’tun maudit blé d’inde. » J’ai ri, elle vient de Chicoutimi et en deux fois deux heures de route, elle a qualifié de maïs quelqu’un qui oubliait son clignotant, quelques invités de la fête, une situation drôle avec ses amis. Je crois qu’elle m’a aussi traité de blé d’inde, mais je ne me souviens plus dans quelles circonstances, c’était peut-être quelqu’un d’autre.

Je lui répondu qu’en effet, mais que je trouvais surtout ça triste.

Ce n’est pas ma première rencontre de ce type (2). Ce n’est pas non plus la dernière. J’en suis conscient. Je les redoute.

Il n’y a pas de morale que je tienne à apporter, c’est simplement une histoire. Et une demande. Ne soyez pas un blé d’inde dans un Ashton.

C’est aussi une promesse. Je ne serais pas l’homme dans la quarantaine qui regarde, la vision déformée par l’alcool, deux jeunes adultes pour venir leur raconter, saoul, sa séparation avec sa femme.

À la question « qu’est-ce que je fous dans un Ashton? », il ne devra y avoir que de bonnes réponses.




Je crois que c'est un joyeux solstice d'hiver. 

Je reste à l'affût.


Odin 








1. Je trouvais que « No shit Sherlock! » n’avait pas sa place dans ce texte.
2. Ce type  n’étant pas ce type en particulier, mais de ce type en général.



mercredi 18 décembre 2013

18. Que la lumière se fasse encore et encore

Que la lumière se fasse encore et encore


L’inspecteur Jean-Baptiste Adamsberg (1) résout ses énigmes en marchant dans les rues de Paris. Les idées vont et viennent dans sa tête et se mettent en place. Sa bonne étoile fait toujours en sorte que les bons mots en viennent à entrer en collision. Que les concepts s’arrangent d’eux-mêmes.

Il n’est qu’intuition, il n’est pas un génie. Sa plus grande arme est son ressenti. Il sait, grâce à celui-ci, où chercher, où s’arrêter, quand partir, ou aller pour que d’autres indices inconscients viennent s’ajouter au magma bouillant d’incohérences qui se trouvent dans sa tête.

Adamsberg ne planifie pas d’avance, il est dans l’action, dans le présent, jusqu’au moment où il va prendre une marche et laisse la soupe floue devenir tempête. C’est dans le chaos que l’ordre se crée et que, à chaque foi, coup de génie sur coup de génie, l’inspecteur surpasse tous ses confrères policiers et comprend tout ce qui s’est passé.

Parfois, il rencontre des génies. Ceux dont les pensées sont comme un bureau impeccable. Les idées sont classées et répertoriées. Leurs méthodes sont rigoureuses et, avec suffisamment de réflexion, ils peuvent venir à bout de presque n’importe quel problème. Ils fonctionnent à la manière des ordinateurs, ne perdant aucune précision et élaborant leurs plans en tenant compte consciemment de tous les paramètres.

Et lorsque ceux-ci rencontrent Jean-Baptiste Adamsberg, c’est lui qu’ils traitent de génie. Parce qu’il existe des problèmes qui ne peuvent être résolus par un ordinateur. Certains exercices demandent du flair, une forme d’intelligence peu conventionnelle qui est très aléatoire, mais qui, lorsqu’elle réussi, va bien au-delà d’une analyse linéaire et construite.

Si je l’imageais, ce serais une brume très épaisse parcourue d’éclair qui se frôlent et parfois, brusquement, entrent en collision. Deux idées se touchent, parfois plus et lorsque ce sont les bonnes idées, c’est un éclair de génie qui parfois et souvent surpasse l’analyse Sherlockienne. Comme je l’ai dit, le hasard reste un facteur important de réussite ce qui n’est aucunement le cas de la déduction.

Quand on me demande ce que je veux faire, plusieurs choses me viennent en tête. La recherche en est une d’importance, mais j’ai toujours un doute. Mon esprit est une brume, mais jusqu’à maintenant, j’ai souvent été chanceux. Les bons fils se sont touchés aux bons moments, mais je ne peux pas me reposer seulement sur la chance pour mon métier. C’est la raison principale pour laquelle je me suis tourné partiellement vers le journalisme scientifique. Quitte à ne pas toujours avoir des victoires dans cette lutte statistique qui fait rage sous mon crâne, au moins j’aimerais pouvoir l’apprécier pleinement à temps plein et en faire profiter le plus possible.

La brume dans ma tête pourra se faire sur plein d’autres sujets, et je compte continuer d’étudier.

Même s’il n’y a rien après les études, le savoir pour le savoir, même s’il n’y a rien après la mort, la vie pour la vie.


Comme Adamseberg, j’apprécie beaucoup les génies rapides et constants. Comme Adamsberg, on me traite de génie alors que j’en doute fortement. Comme Adamsberg, je résous des problèmes en laissant le brouillard se faire et en espérant que la lumière se fasse.

Que la lumière se fasse... encore et encore.


Adamsberg est un de ces héros que j'ai trouvé sur le tard, il n'est pas ce que j'aimerais devenir, il est ce que je deviens, et ça ne me déplaît pas, de toute façon, je compte l'améliorer un peu.


Bonne vacance si je ne vous revoie pas d’ici là.

Je reste réactif si vous avez quelque chose à ajouter.



Odin






1. J'avais déjà parlé du personnage de Fred Vargas dans mon texte #7, l'eau, et de son rapport à l'orage.

mardi 3 décembre 2013

17. Deux rêves face à face

Deux rêves face à face

Parfois, je passe quelque part et subitement, une turbine se met en marche, une lumière s’ouvre, un radiateur commence à chauffer. Exactement comme si tout ce qui m’entoure n’était qu’un rêve et que mon subconscient, subitement, se souvenait que tel radiateur devrait fonctionner, que cette lumière doit être allumée à la tombée du jour, que cette turbine a une certaine utilité à la cohérence du rêve.

Cette impression, parfois, que quelque chose n’est pas au bon endroit, qu’il n’a jamais été là, mais que tout d’un coup, c’est le cas, il est là et dans notre mémoire, tous les souvenirs y référents ont été modifiés pour s’accorder à cette nouvelle réalité qui vient de se générer à l’instant, si bien qu’il nous est maintenant impossible de se prouver que tout d’un coup, une bouche d’égout est apparue du voïd ou encore que l’interrupteur de la lumière se trouve à gauche et non pas à droite de la porte.


Je ne suis pas le seul à ressentir ce genre de perturbation de la trame même de mon univers immédiat. Philip K. Dick, auteur de génie dont les lignes m’ont fait pondre mon précédent texte, aurait, au dire de sa biographie, déjà paniqué en cherchant la chaînette du globe lumineux de sa salle de bain durant plusieurs minutes avant de se faire annoncer par sa femme que l’interrupteur était et avait toujours été au mur (1).

L’un des romans d’Agatha Christie (que je n’ai d’ailleurs jamais terminé) commence par la mise en place d’une atmosphère assez oppressante quand une jeune femme emménage dans une maison et tente toujours de passer d’une pièce à l’autre par une porte qui se révèle être un pan de mur. Elle est pourtant persuadée de l’existence d’une porte, du moins, dans le passé, à cet emplacement où il est effectivement architecturalement incohérent de ne pas avoir mis de porte. Je ne sais toujours pas comment le roman en question se termine, j’imagine qu’il s’agit d’un souvenir d’enfance pour cette femme qui aurait passé un bon moment de son enfance dans cette maison et ne s’en souvient plus alors que l’emplacement de cette porte est un des éléments clés de l’histoire. L'exact inverse du précédent exemple, mais avec une explication rationnelle. 

Je sombre dans une excitante angoisse métaphysique qui, je dois l’avouer, ne m’angoisse pas tellement, mais excite mon esprit, me rend fébrile (2).

Si j’évalue rapidement les possibilités, je peux être dans un univers de réel qui obéi à certaines lois et est peuplé d’autres être, je peux être en train de rêver tout ce qui m’entoure, ou encore, je peux être la cible des jeux d’un esprit malin beaucoup plus puissant que moi et surtout, doté d’une volonté plus forte que la mienne.

Dans le premier cas, tout va bien, je suis potentiellement un peu paranoïaque, mais ça s’arrange (3).

Dans le second, je suis un génie. J’ai inventé un monde soumit à des règles complexes et complètes, j’ai inventé inconsciemment la relativité et la mécanique quantique, écrit tous les livres que j’ai lu et que je n’ai pas lu et j’anime admirablement bien les humains qui m’entourent.

Et ici, le film, pas le concept.
Je suis par contre responsable de tant de morts et de souffrances qui n’existent même pas en fait, mais qui contribuent à la profondeur de mon univers. Dans ce scénario, mon pire ennemi est moi-même. Je me retiens prisonnier d’un côté, en attendant le réveil, et de l’autre, je crée moi-même mon enfer et mon paradis.

Le troisième choix ouvre des centaines et des centaines de possibilités sur lesquelles je ne me m’attarderai surtout pas, certains étant aussi déprimant que la Matrice (le concept, pas le film).

Il reste une possibilité dans laquelle c’est vous qui me rêvez, vous êtes le génie, et pour m’avoir imaginé, ce doit être un très beau rêve.

Mais dans ce cas, qu’arrivera t-il quand vous vous réveillerez?

Ceux qui habitent de l’autre côté du miroir dans l’univers de Lewis Carroll font très, très attention de ne pas réveiller le roi rêveur et expliquent à Alice que s’il se réveillait, elle serait soufflée comme une bougie. Paradoxalement, Alice est en train de rêver.

Deux rêves face à face.

Deux miroirs face à face.

Et l’angoisse d’Alice. L’angoisse de ne pas exister. L’angoisse de ne pas être. L’Angoisse.

Celle avec un grand A qui ne peut pas être balayée de la main, ce n’est pas un cauchemar, c’est une hypothèse à laquelle nous n’aurons jamais la réponse parce que son postulat de base implique une modification constante de la réalité et du passé. Nos souvenirs ne sont d’aucun secours.
L'Angoisse qu'on ne peut éviter une fois
qu'elle est entrée.

Le 19 août 2011, devant la maison de mes parents, mon père me demandait de fermer les yeux et de lui dire où était la bouche d’égout la plus proche.

À une cinquantaine de mètres que je lui répondis.

Ouvre les yeux.

Elle était devant moi.

Elle a toujours été là.

Ma mère nous l’a confirmé.

Mais nous, nous ne nous en souvenons pas.





Si vous avez quelque chose à me dire, je reste le plus réactif possible sur les commentaires.


Joyeux non-anniversaire.

Odin




1. Je suis vivant et vous êtes mort, Emmanuel Carrère.
2. J'effleure le sujet, mais je risque d'aller plus loin un jour.
3. Dans le cas de Philip K. Dick, ça ne s'est jamais arrangé.

samedi 23 novembre 2013

16. Deux cents mots, Clever is the new sexy

Deux cents mots, Clever is the new sexy 


Je lis!

Enfin! Après des semaines, je relis enfin, en Français, pour moi-même. Ça me fait un bien fou.

Où avais-je la tête? Ne pas lire autre chose que du Shakespeare durant si longtemps, je me suis fait mal et maintenant je dois combattre la brume cérébrale et l’inaction littéraire. Lire, écrire. Maintenant et beaucoup, sinon mon esprit périra dans les flammes glacées d’un néant rectiligne tout droit sorti de Fahrenheit 451!

Je suis un anglophile, mais ma tête, mes pensées se sont forgées et formées dans la langue de Bernard Werber et de Camus. Et ça, je ne peux pas, je ne dois pas m’en détourner. Sans elle, je me noie. La brume revient, le néant me guette.

Tout ça pour dire qu’après une longue période d’abstinence romancière malsaine, j’ai dévoré 200 pages et me suis couché à deux heures du matin. Comme quand j’étais petit, mais avec des examens finaux en approche et un essai de 2000 sur les personnages d’Hamlet et Iago à remettre pour mardi.

Le poster en question
Ça fait plusieurs fois que je fais l’erreur monstre d’oublier de lire, à chaque fois, je perds une part de moi-même, celle que j’affectionne le plus. Le Yann penseur, le Yann brillant et rapide, le Yann que j’aimerais être en permanence. Celui sur lequel on pourrait faire un film. Peut-être même une série télévisée en 13 saisons.

Deux cents pages et mon égo est déjà de retour.

Dans ma chambre (bon, elle n’est pas à moi et nous sommes deux dedans…), j’ai un poster de Tyrion Lannister (Game of Thrones) ainsi qu’une de ses citations. « My mind is my weapon, my brother has his sword, King Robert has his warhammer, and I have my mind… And a mind needs books as a sword needs a whetstone, if it is to keep is edge. » (1)
L'autre poster en question

Je tâcherais de regarder ce poster plus souvent… Celui sur lequel je perds mon regard (et parallèlement mon temps) le plus souvent est celui du Docteur et du TARDIS (de la série de télévision britannique Doctor Who, le dixième Docteur pour ceux qui s’y connaissent).

Et non je ne rêve pas du corps de David Tennant (2) avec ce poster, mais plutôt du concept même du personnage du Docteur. Pour ceux qui l’ignore, le Docteur est un extraterrestre de la planète Gallifrey qui, il y a très longtemps, à volé une machine à voyager dans le temps et s’est mis à courir depuis (au figuré, pas comme Forest Gump…). En tant que fière représentant de la race des Seigneurs du Temps, Time Lords pour les puristes comme moi, il ne meurt pas, mais se régénère en une toute nouvelle personne à chaque fois qu’il est mortellement blessé ce qui permet d’intégrer le changement d’acteur au scénario et de faire perdurer la série qui fête aujourd’hui ses 50 ans.

Fin de la parenthèse, écoutez Doctor Who, retour au sujet précédent.

Mon esprit ne s’égare donc pas sur le physique de l’acteur, mais plutôt sur deux concepts. Le premier étant celui du voyage que je développerais certainement bientôt (3).

Le second est celui d’un héros qui, à l’inverse de la quasi totalité des personnages jouées par Arnold Schwarzenegger, n’a besoin que de son esprit pour résoudre les pires situations. Une personnalité forte dont le courage ne le pousse pas à foncer tête baissée, mais plutôt à se lever et prendre la parole, mettre le bon mot au bon endroit et surtout, réfléchir rapidement et logiquement.

C’est, en plus de courir, ce que fais le Docteur, mais il n’est pas le seul.

Les héros qui ont bercé mon enfance, les modèles qui ont forgé l’adolescent que j’étais et les gens que j’admire le plus aujourd’hui ne sont pas forts, puissants et indestructibles. Mes héros sont ceux qui viennent à bout du mal (ou du bien (4)) avec leur simple esprit. Ce sont des personnages logiques et rationnels qui arrivent à résoudre les pires problèmes sans casser de porte et d’os. Parfois, ce sont les personnages les plus froid et distant. Ils restent mes premiers et derniers modèles en date et ceux à qui je voue la plus grande admiration.

Et par eu, je me définis plus que par tout autre chose.

Selon moi, un humain se définit par les autres humains qui l’entourent.

Par conformisme ou originalité, mimétisme ou rejet, acceptation ou déni. Et parmi ces autres êtres humains, il y a ceux de fiction qui m’ont souvent plus marqué que mes compatriotes d’infortune du réel. L’image que je me fais de ce que j’aimerais être dans l’absolu est un amalgame de ces personnages brillants.

Je sens déjà les commentaires : « sois toi-même ». D’accord, et qu’est-ce que c’est moi-même? Est-ce qu’au fond de moi il y a un vrai Yann qui sommeille et attend de pouvoir s’épanouir alors que depuis que je suis conscient ma vie n’est qu’un mensonge honteux de la non-acceptation d’une créature intérieure qui ne satisfait pas pleinement les aspirations d'un sur-moi dictées uniquement par les acceptations et dénis des autres instances humaines qui m'entourent par ce même sur-moi (5)?
Sherlock, un bon exemple de Clever
is the new sexy!

J’ai des doutes et jusqu’à nouvel ordre, je déciderai de ce que je deviendrai en tenant compte de ce que je sais de moi et de ce qui est venu à ma vue et à mes oreilles.

Je déciderai de ce que je deviendrai avec en tête mes héros.

Je ne sais plus où j’ai pour la première fois entendu « clever is the new sexy », mais je me rappelle que ça m’a tout de suite marqué. Au diable les muscles et les têtes d’anges, la mode tourne doucement à mes héros d’enfance.

Et si je continue sur ma lancée, je deviendrais un de mes héros d’enfances.





Si mon texte vous inspire déni ou acceptation vous pouvez me laisser un commentaire et/ou partager.




Joyeux jour du Docteur




Odin





Light Yagami dans toute sa psychose/
splendeur.
1. Mon esprit est mon arme, mon frère a son épée, le roi Robert son marteau de guerre, et j'ai mon esprit... Et le livre est à l'esprit ce que la meule à affûter est à l'épée. (Traduction non-littérale)

2. Car beaucoup sont dans cette situation.

3. C'est moi. Bientôt est relatif.

4. Par exemple Light Yagami de Death Note.

5. N'essayer pas de dire cette phrase à voix haute, elle est de celle qui n'existe qu'à l'écrit.

dimanche 27 octobre 2013

15. Feuille d'automne

Feuille d’automne


La feuille en question
Je peux arrêter de regarder avec angoisse les arbres qui rougissent, j’ai réussi à attraper une feuille d’automne.

Une feuille par automne. Parfois plus, mais après une, je sais que je peux m’arrêter. Ce qui m’inquiète, c’est si je serais toujours capable d’attraper une feuille par automne dans 50, 60, 70 ans. Je ne sais même pas si j’ai peur de ne plus être capable de courir derrière les feuilles ou si j’ai peur qu’il n’y ait plus de feuilles derrières lesquelles courir. Je sais encore moins lequel est le pire, est-ce que j’aime plus les feuilles ou la course?


Un exemple parfait qui me tape
sur le système
Quand on parle d’environnement, j’ai l’impression que tout le monde m’énerve. Les environnementalistes comme les pollueurs. Mais bon, si tout est blanc et noir, je prends le côté des environnementalistes…

Si les environnementalistes m’énervent, c’est surtout parce qu’ils cherchent à faire réagir, à conscientiser, créer une révélation. Créer une révélation, c’est le point qui m’énerve le plus. Ceux qui lavent leur allée de béton à la hausse n’auront pas de révélation, pour les arrêter, il faut une loi. Ceux qui dirigent les pétrolières ne fermeront pas leur entreprise, pour les arrêter, il faut une loi. Ceux qui refuseront de changer leur voiture à essence pour une électrique ne verront pas la lumière brusquement, il faudra une loi.

Alors même si j’accueille dans ma demeure le dieu de l’environnement et que mon esprit s’ouvre  miraculeusement à sa lumière sacrée, je ne parviendrais qu’à me taper sur les nerfs, surtout dans une province ou le parti vert a eu un des pires scores quant à l’évaluation de son programme environnemental, dans un pays où le gouvernement en place fait des campagnes publicitaires pour présenter les pétrolières comme les sauveurs de l’humanité, sur un continent marqué par la mort de milliers de bisons et les grandes rues de Détroit.

Je me sens cynique.

Ou plutôt, je me sens suffisamment stoïque. Je ne m’en fais plus, ou encore juste assez. L’équilibre entre ne pas se faire mal d’être impuissant et de ne pas se faire mal de perdre espoir. Je préfère encore être impuissant que de perdre espoir.

Hope. It is the only thing stronger than fear. 
J’aime beaucoup le fait que le film Hunger Games ne fasse pas que suivre Katniss comme le roman, ça nous permet de voir un peu plus le président Snow et particulièrement, d’entendre son discours sur l’espoir. Garder l’espoir, quelque part en chacun de ses « sujets », car si ils sont sans espoir, ils sont dangereux. Mais surtout ne pas trop en donner.

Bref, l’histoire de la vie?





Université :


L’Université, haut lieu du savoir et de la connaissance. Le début des vraies études, la récréation est finie. Des gens sérieux, qui veulent réussir et aller plus loin.


Non.


J’ai connu plusieurs philtres académiques. Du primaire au secondaire, du secondaire au cégep, du cégep à l’Université.

Chaque fois, à première vue, quelque chose de mieux, au niveau académique la difficulté est croissante, au niveau personnel les gens gagnent en maturité.

Mais.

Mais pourtant, à chaque fois, après quelques semaines, tout tombe en ruine. Je suis au jardin d’enfant, seuls les jouets ont évolué.

Même la difficulté reste à peu près la même.

Peut-être la proportion de gens qui me ressemblent augmente-elle chaque fois, peut-être que mon talent à les trouver augmente lui aussi. Toujours est-il qu'au final, je cours tout seul (1), tout droit, sachant pertinemment que mon parcours n’aura pas de fin, comme celui de ceux qui, comme moi, étudient la physique.

Je suis étudiant en physique, j’étudie l’infinie qui s’éloigne plus vite que je n’avance. Merci à Pascal pour cette pensée macabre.


Si les gens qui m’entourent sont des enfants, et que ces enfants sont aujourd’hui des universitaires, des gens au sommet de la pyramide du savoir, que sont les adultes?

AAAARRRRRGGGGGG

La société, c’est ça, on fait semblant de ne pas jouer que par fierté, on y trouve des prétextes, c’est l’âge. Je cours en direction d’un univers d’enfant, peut importe ce que je fais, je sens qu’ils seront là, majoritaires, à jouer.

Je n’ai rien contre jouer, mieux encore, je m'assume quand je joue, mais j’en ai contre certains jeux.

Comme la guerre.


Le pire dans tout ça?

J’en oublie à quel point la base, celle que j’ai abandonné au secondaire doit être loin en bas (2).

Et beaucoup de gens y restent, et ces gens votent (3).

Pour vous donner une idée, je ne me sens pas tout à fait prêt à voter. La politique parle de beaucoup trop de domaine pour que je puisse vraiment l’englober. Et aucun politicien, surtout, aucun parti, n’a les mêmes opinions que moi, de la même façon qu’aucune religion n’englobe toutes mes croyances.

Ça serait rassurant pourtant.

Ça serait simple.

Ma conscience.

Est un fardeau.





Si je vous avez quelque chose à raconter, je reste à l'affût de vos commentaires.

Bonne fin du mois international du dixième Docteur pour ceux qui comme moi écoute Doctor Who.
Pour les autres, bonne journée internationale du patrimoine audio-visuel.


Odin



1. C'est une référence timide, mais directe à J'cours tout seul de William Sheller. Je vous conseille la version avec le Halvenalf, celle New Age/Jazzie/je-sais-pas-trop-quoi est moins bonne.
2. Criez à l'élitisme. 
3. Encore. 
Pour ma défense.
Je ne crois pas en une élite, je crois en moi et peu en les autres. C'est peut-être pire. Je tiens ça de Ian Solo (Han Solo dans la version originale de Star Wars). 

mardi 15 octobre 2013

14. Le temps et un lièvre

Le temps et un lièvre


Le temps me semble être un feu de brousse, quelque chose de rapide et de puissant, mais qui ne peut s’arrêter, et bien que l’on ne sache jamais ce qui périra dans les flammes, on sait très bien que derrière, il ne restera que des centres que le vent finira par dissiper avant que les plantes des souvenirs
aient eu le temps de tout lier à la terre.

Mes plantes, elles sont masochistes. Les déceptions, les erreurs, les promesses brisées, voila de quoi se nourrissent ces plantes. Il ne reste qu’un petit nain armé d’un balais et d’un porte-poussière qui tente de conserver les plus beaux souvenirs malgré la tempête qui fait rage et qui lui arrache, parcelle après parcelle les plus beaux moments de ma vie.

David Tennant jouant Hamlet, bien que ce
ne soit pas ma mise en scène préférée...
Ne vous en faites pas, les plantes ne sont pas éternelles, elles finissent par mourir laissant derrière elles des graines qui pousseront peut-être. Porteuses de bride de leurs ancêtres, parfois on les appelle haine et peur. Souvent je les appelle rancœur et si l’on fauchait toutes ces petites pousses, les guerres s’effondraient d’elles-mêmes et Hamlet ne jouerait pas au fou.


Un peu pessimiste comme préambule?

Non, je vais bien, très bien.

Vous me manquiez je crois.

Ma notion du temps n’a jamais été très bonne, alors si la dernière fois que j’ai écris remonte à près de 6 semaines, dans ma tête, c’était il y a quelques siècles, et il y a quelques heures. Minutes, heures, jours, semaines, mois, années, tout ce mélange dans cette seule question, admirablement bien posée par le Lièvre-de-Mars (dans le film de Disney) : « Le temps, le temps, mais qu’est-ce que le temps!!! »

Dans le film Mr Nobody de Jaco Van Dormael, le temps est décrit comme la conséquence directe de l’expansion physique de l’univers, vecteur d’entropie et donc du déroulement unidirectionnel du temps. « But what will happen when the Universe has finished expanding... and the movement is reversed? » (Mais qu’arrivera t-il quand l’univers aura terminé son expansion… et que son mouvement s’inversera?) Dans le film en question, quand l’univers entrera en phase de contraction (le Big Crunch pour les intimes), le temps s’inversera, la fumée reviendra à la cigarette.


Ça reste de la science fiction.

Le fait d’être un étudiant de première année en physique m’amène à frôler un monde étrange, celui de la physique théorique. Un univers où « prouver » ne signifie plus grand-chose et où travailler en 9 dimensions est courant. Quand je dis frôler… parfois des conférenciers en parlent rapidement entre deux diapositives. Nous en sommes à un point où la modélisation statistique est plus proche de l’ingénierie que de la physique théorique. Tout ça pour dire que je ne sais pas plus ce qu’est le temps, mais qu’il faudrait que j’apprenne à voir le monde en deux fois plus de dimensions pour comprendre…

J’ai hâte.

La physique théorique… un de ces cours que l’on peut avoir si la demande est suffisante à Bishop. Sur 9 élèves, qu’est-ce qu’une demande suffisante!?!?

Sur ce, à la prochaine qui je l’espère sera bientôt.



Si vous avez des questions, des oppositions, des propositions ou des commentaires, n’hésitez pas à me les écrire sous ce message.


Odin

mardi 3 septembre 2013

13. Université

Université



Mes bagages gisent dans ma chambre comme les cadavres de l’été. Des semaines de retard, une accumulation de fatigue, beaucoup d’autres projets. Un petit stress dans la nuque, une pression dans les épaules, mal au nez… entre autres. Peut-être que ce ne sont que des allergies, mais je doute.

J’ai passé deux nuits chez moi, moins de 48 heures avec une mauvaise température  et pas assez de sommeil. Un adieu réel, je pars à l’Université. Le second en un été, mais un réel. Il ne reste qu’une chose en commun, le futur est complètement flou. Je n’arrive même pas à m’imaginer vivant dans un appartement, en collocation ou avec une fille. Je suis simplement incapable, comme si je n’avais pas encore accepté mes 19 ans, comme si je m’en foutais des responsabilités et que je trouvais ça simplement inintéressant.

J’ai trouvé quelqu’un déjà dans ma chambre, Jackson. Il étudie en théâtre, joue à Donjon et Dragon et aime beaucoup la musique de Broadway. J’ai sorti mes propres dés de Donjon et Dragon, et voila, un intérêt commun. Peut-être était-ce trop simple, comme si quelqu’un l’avait fait exprès.

Bishop's University, alias Poudlard en brique rouge.
D’autres personnes également, Owen qui veut que je lui apprenne le Français et qui connait déjà les « Avez-vous déjà vu », Cameron qui vient apprendre la biochimie, Anna qui vient d’Allemagne et s’en va en politique, Patricia de Vancouver avec qui j’ai pu marcher pendant que de la musique trop forte cassait les oreilles de Norten et de Pollack Hall (ce dernier étant le mien, oui, je me suis fait casser les oreilles pendant quelques heures).

J’ai même déjà eu une petite phase de « Je suis tout seul et je m’emmerde et tout le monde boit autre chose que du thé ce qui ne m’intéresse pas ». Je suis sorti, ai croisé quelqu’un et finalement, j’ai eu une discussion de trois heures.


Je n’ai pas beaucoup aimé Montréal, les odeurs y sont trop fortes et agressives, les gens ne sourient pas, ne se parlent pas, ne se regardent pas, beaucoup de choses y sont déprimantes.

Pourtant, j’ai réussi à y trouver des gens qui réussissent à me manquer après quelques dizaines d’heures à peine. C’est en arrivant ici que je me suis rendu compte à quel point j’avais laissé quelque chose d’énorme derrière moi, mais la seule pensée qui m’empêche de déprimer à ce propos est le souvenir de la sensation que j’avais en arrivant à Montréal après avoir quitté Québec, un abandon, un arrachement, et un manque d’espoir concernant les liens que je saurais tissé au cours des prochains mois.


Je m’excuse sincèrement de la lenteur que j’ai pris à répondre, j’étais entre trois gros projets, deux déménagements, une quinzaine de séparation et une panne d’inspiration rémanente.

N’hésitez pas à commenter ou partager si le cœur vous en dit.

Odin



jeudi 1 août 2013

12. De la musique et des myriades de soleils

De la musique et des myriades de soleils


C’est en sortant violement de mon milieu que j’ai saisi à quel point j’y étais profondément ancré.
Cette profondeur que j’avais avec tant de gens ne s’est pas envolée, elle est restée là-bas. Vivre des années au même endroit permet de créer de forts liens interpersonnels qui ne peuvent se bâtir qu’avec le temps. Un temps que j’avais très mal estimé. Retrouvé des gens avec qui le courant passe, des confidents pour ses secrets, des oreilles pour les problèmes et surtout, des âmes pour le bonheur.

Je me trouve comme prisonnier de la trame sonore d’un film que je n’ai pas vu. C’est bien, mais… je ne vois pas défiler d’images devant mes yeux, pas d’émotions profondes ou complexes, je ne suis pas touché. Si vous écoutez maintenant Song of Captivity and Freedom sans connaître la série Doctor Who, ça ne sera pas aussi extraordinaire qu’après avoir vu la finale de Journey’s End (Série 2, saison 4, épisode 13)! Ce n’est même pas une question de confort ou d’habitude, mais de compréhension. Et cette compréhension, je ne l’ai pas encore de mon nouveau milieu, c’est donc difficile de me sentir vraiment en harmonie avec autre chose qu’un livre depuis quelques semaines.

Cette même harmonie relationnelle, j’arrive à la retrouver aisément au contact de ceux que j’ai quitté en quelques instants, nous connaissons nos limites, la voix de l’autre évoque des mots, des lieux et des histoires communes. Nous avons des points de référence communs à gauche à droite, le courant passe fluidement.

Par contre, parfois, on tombe sur quelqu’un et la compréhension, la complicité est déjà là. Ça m’est déjà arrivé, ces gens qui, comme un disque de Ludovico Einaudi, nous sont familier d’avant notre rencontre et avec qui on peut accéder à un niveau supérieur de discussion sans peur ni doute dès la première rencontre.

C’est peut-être une des raisons pour laquelle la réincarnation me parle tant. Même si toute ma rationalité hurle au néant post-mortem et à la chimie hormonale toute puissante, mon cœur trouve parfois auprès de certains une sérénité peu commune et instantané qui me fait douter des théories les plus probables. Ce qui me fait tout de même me demander : Un jour, l’explication rationnelle chimico-psychologique de l’amour prendra t-elle le pas sur la magie qui l’entoure depuis toujours? Et si cela arrive, pourrions outrepasser la définition froide de celle-ci pour en comprendre le sens profond qui lui donnerait une puissance décuplée?

Je m’explique. Quand on s’est rendu compte que les étoiles n’étaient que de grosse boule de plasma, elles ont perdu leur aspect mystique pour devenir de la matière « terrestre » ou ordinaire. Mais d’un autre côté, chaque étoile est devenue un soleil pouvant potentiellement abriter des mondes différents du notre et tout d’un coup, le ciel est devenu un potentiel infini d’histoires et d’aventures incroyables.

En sera-t-il de même pour les émotions?

Je ne sais pas, mais en dehors des émotions cette concordance entre deux inconnus que j’ai souvent connus attend encore son explication rationnelle et claire. Et si on arrivait à un consensus scientifique, quel aspect de celui-ci viendrait sublimer la désillusion pour la rendre encore plus fantastique que la folle théorie des âmes amies qui se retrouvent entre deux vies?

Je ne sais pas, et j’imagine que la réponse est soit trop simple pour que j’y pense, soit hors de portée de mon esprit et de ce qu’il contient actuellement, surtout de ce qu’il contient actuellement…



Je m’excuse profondément du retard que j’ai pris, d’autres projets ont accaparés mon attention ces derniers temps.

N’hésitez pas à commenter vos questions, commentaires ou réponses.

Odin


mardi 16 juillet 2013

11. Je te guetterai

Je te guetterai

Reprise d'un ancien texte que j'avais initialement publié dans le journal étudiant de mon école, je pourrais vous retrouver la date si vous insistez.




D’aussi loin que remontent mes souvenirs, c’est le premier décès dans ma famille, c’est aussi la première fois que je me rends au salon mortuaire.

C’est mon grand-père qui s’occupe de l’oraison funèbre, d’autres viennent dire un mot, dire adieu à une sœur, une mère, grand-mère, tante, grand-tante et dans mon cas, arrière-grand-mère.

Hémorragie cérébrale, ça ne pardonne pas. Elle a été incinérée il y a moins d’une semaine. Autour de ses cendres, nous avons ri, pleuré, parlé. Nous avons même chanté. L’urne où reposent ses restes, c’est ce qui m’a choqué. Son corps tout frêle qui tient à présent dans un cylindre cartonné avec une impression, la photo d’un paysage de chez elle avec un arc-en-ciel.

Le soir même, ses derniers biens sont répartis dans la famille selon ses dernières volontés. Une collection d’assiettes, des cloches, quelques CD, ce qui n’est pas un lègue est mis sur une table, on peut se servir. Je ne prends rien, je perds tout de toute façon. Parmi les quelques objets hétéroclites, une petite pile de livres, elle avait fait le tri quelques mois plus tôt, il ne restait plus que ses préférés. Pas mal d’essais sur le bonheur et L’Alchimiste de Paulo Coelho, ça me fait sourire, ça aussi c’est un livre sur le bonheur. Une belle édition, bien meilleure que la mienne, mais je le laisse à quelqu’un d’autre qui le découvrira peut-être ainsi.
 
Tout ça pour dire que ça m’a remis en tête une des plus belles histoires d’amour que je connaisse. Vous avez peut-être vu le film qui fut un pur flop La boussole d’or? Sinon peut-être avez-vous lu la série À la croisée des mondes, clé de voute de l’œuvre de Philip Pullman?

Quoi qu’il en soit, je vous résume la situation. Dans cette trilogie, une jeune femme venue d’ailleurs aime un jeune homme de notre monde et bientôt, les portes qui traversent tous les univers vont se fermer à jamais. Or, leur périple les a menés jusqu’au royaume des morts et ils savent ce qui arrive après la mort. Les âmes parcourent alors un long chemin vers un dernier portail qui mène à une grande prairie. Les fantômes entrent alors dans ce dernier monde et chaque atome de leur corps ectoplasmique se disperse pour retourner à l’univers et en faire partie.

C’est là que l’histoire d’amour intervient.

« Je te guetterai, (…) à chaque instant, à chaque seconde. Et quand nous nous retrouverons, nous nous serrerons si fort que rien ni personne ne pourra nous séparer. (…) Nous vivrons dans les oiseaux, les fleurs, les libellules, dans les sapins et les nuages, et dans ces minuscules particules de lumière qu’on voit flotter dans les rayons du soleil… Et quand ils utiliseront nos atomes pour fabriquer de nouvelles vies, ils ne pourront pas en prendre qu’un seul, ils seront obligés d’en prendre deux, un de toi et un de moi, tellement nous serons soudés… »

Physiquement impossible, surtout pour un étudiant en physique, mais ça m’a marqué et encore aujourd’hui, ça me touche. Je ne veux pas être prisonnier de ma mort, même symboliquement.

J’ai 18 ans, et je me sens mortel plus que jamais. Que faire face à l’imminence du passage obligé vers la dernière grande aventure? Premièrement, prendre mes précautions : « Maman, si je meurs demain, je veux que tu disperses mes cendres. » Ça, c’est fait. Deuxièmement, oser y réfléchir, prendre conscience de la mort et accepter le fait qu’un jour je ne serai plus, chose que je n’avais plus faite depuis des années et qui m’avait beaucoup rapproché de la vie.

Dans sa Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, Brassens voulait être enterré sur une plage près de l’eau plutôt que dans le marbre. Il gît maintenant dans le marbre, mais bien à Sète.

Pauvres rois, pharaons! pauvre Napoléon!
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence!
Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances





Encore mille choses à raconter et juste une vie déjà bien remplie. N'hésitez pas à partager ou laisser un commentaire si ça vous a plu!

Odin

dimanche 7 juillet 2013

10. Retour aux sources

Retour aux sources

Pourquoi est-ce que ce qui est si mauvais pour nous nous semble si bon? Ces réflexes animaux de recherche de gras, de sel et de sucre continuent de dicter notre univers culinaire et parallèlement une bonne partie de notre économie. Pourtant, lorsque je pose un jujube dans ma bouche et se déclenche un tourbillon de bonheur gustatif, j’ai parfaitement conscience que ce que j’avale me rapproche de la tombe (pardonnez l’hyperbole, c’est une licence poétique).

En même temps, on connait bien les dangers du bronzage, de la cigarette, des drogues dures, de Facebook, du gras trans, de l’alcool au volant, etc. Est-ce que ça empêche les salons de bronzage, les junkies, la recherche de reconnaissance sociale, les statuts Facebook de basse classe et McDonald de se perpétrer?

Bien sûr que non, la recherche du plaisir prime. Peu importe sa nature, même s’il vient prendre le dessus sur tout ce que l’humain a de plus beau et de plus vrai. Les techniques ont évolué plus vite que notre capacité naturelle à les assumer. Nous avons la possibilité de ne vivre que de plaisir et de travail simple. Et c’est alors que l’homme a tous les outils pour transcender la nature que celle-ci gagne la partie.

Alors que j’ai la certitude qu’il existe un équilibre entre l’ermite asexué et Dorian Gray, je sens que le message officiel tend vers un monstre de démesure édulcoré pour ne pas effrayer le grand public et toujours confondu avec certaines valeurs généralement admises avec un manque flagrant de sincérité. Je m’égard, j’ai beau tout exposer, rassembler les preuves serait un jeu d’enfant, les analyser est l’histoire d’une vie. Je vais me contenter d’astrophysique pour l’instant.

Je dis ça, en fait, parce que là où je suis, les maîtres des lieux gardent la télévision allumée presque en permanence et que malgré mon isolement dans ces moments, je suis témoin de cette image projetée et que je n’aime pas ça. Ça me rend un peu malade en fait.

Je préfère le silence d’une bibliothèque au babillage incessant de V et TVA… Pas plus tard que ce matin, j’ai parlé avec un des gardiens de sécurité du planétarium. Il m’a dit que tout ce qu’on présentait au planétarium l’impressionnait beaucoup, mais qu’il n’aimait pas vraiment les nouvelles technologies. Il a dit qu’il aurait préféré vivre à une époque plus noble et où la vitesse n’était pas au centre de tout.

Je ne suis pas d’accord sur un point, car j’espère. Je crois qu’une « noblesse technologique » peut exister et je souhaite vivement que la vitesse devienne le propre de la machine pour qu’on considère la paresse et la contemplation comme une richesse nationale et humaine.

Utopiste plutôt que défaitiste.

N'hésitez pas à commenter et partager si le coeur vous dit, je continue de répondre quand je le peux.

Odin


samedi 29 juin 2013

9. Religion

Religion

Je suis très profondément agnostique. Je ne « sais » (remarquez les guillemets) pas, je me contente de supposer, d’espérer, de constater et d’apprendre.

De supposer qu’il y a peut-être quelque chose avant, après, au-dessus. Que la raison des choses pourrait nous échapper ou nous surpasser. Que peut-être aussi il n’y a rien d’autre que nous et que cette chance collective, c’est à nous et rien qu’à nous de s’en occuper, de la chérir, de la développer et de l’aimer. Je ne sais plus qu’est-ce qui fait le plus peur, le fait d’être laissés à soi-même ou l’impossibilité de contrôler son destin. Plusieurs scénarios s’offrent à moi.

-Sur le plan personnel, on contrôle mon destin et j’ai peur car comment puis-je savoir que j’existe vraiment si je suis prédéterminé?
-Sur le plan collectif, rien n’est contrôlé et j’ai encore plus peur parce que l’humain a prouvé sa négligence et sa haine bien trop souvent.
-Sur le plan personnel, je suis laissé à moi-même et j’ai peur de passer à côté de tant de choses qui sont peut-être un « destin », un potentiel.
-Sur le plan collectif, nous sommes contrôlés et j’ai pas mal peur parce que je ne sais pas qui a le pouvoir entre ses mains.

En gros, je suis peureux dans mes suppositions.

J’espère aussi. J’aimerais que des choses existent, et ça influence beaucoup mes théories généralement plus acceptées (par moi-même, pas par les autres). La réincarnation est un concept que j’adore. Malgré les défauts de cette théorie (sauf si les âmes sont intemporelles et ne viennent pas juste sur la Terre, le fait que leur quantité « en jeu » varie est problématique tout comme l’endroit d’où elles viennent), c’est, selon moi, la plus attrayante sur le plan de ce qu’il y a après/avant la vie et elle possède moins d’incohérences que bien d’autres croyances.

Je m’explique : s’il existe une infinité de mondes et que les âmes sont immatérielles et intemporelles, pourquoi s’arrêteraient-elles à une vie? Est-ce que ce serait vraiment suffisant pour elles? De plus, la mémoire est un phénomène purement physique, il est normal qu’une âme ne se rappelle pas exactement son parcours. Et si elles ne se réincarnent pas, où les met-on pour l’éternité? Selon moi, le paradis est sur Terre et l’enfer y est encore plus.


J’adore cette phrase : Nous ne sommes pas des êtres humains venus vivre une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels venus vivre une expérience humaine. Et j’ai décidé de la vivre à 100%, sans raccourci, triche ou aidant autres que mes pairs.


Je ne crois pas au Dieu des chrétiens, des musulmans ou des juifs (c’est le même, mais ils le regardent de manières tellement différentes…), ni en les dogmes hindouistes ou « proto-religions amérindiennes » peut-être plus évoluées que celles des « civilisés ». J’aime bien le bouddhisme, mais je reste profondément anti-institutions religieuses et opposé aux prêts-à-penser, bien que je reconnaisse l’importance historique des religions et des Églises. Parallèlement, je ne crois pas que les esprits rejoignent un être supérieur bienveillant ou malveillant à leur mort.

J’ai des centaines de théories sur ce qu’il y aurait au-dessus, mais ça parle souvent de temps et de prophéties, je développerai plus un jour, peut-être.

Je crois aussi en certains concepts tels l’amour, la sérénité, l’harmonie, l’équilibre… J’y crois, sans y apporter foi(1)… Mais pour moi il s’agit d’un certain type de constantes humaines, soit liées à nos gènes ou à l’esprit humain, ou de réalités de l’univers que l’on pourrait mathématiser, un peu comme dans la série Touch.

Touch, c’est une série télévisée américaine qui raconte les tribulations d’un père dont le fils est un autiste qui voit la trame mathématique du monde et les « fautes » dans l’équation. L’enfant en question, Jake, n’a jamais parlé et il y a toute une histoire (qui ne m’intéresse pas) à propos de la garde de l'enfant par le père. L’émission s’articule autour des actions, parfois dangereuse, que Jake force son père à faire en le mettant sur la trace de certains nombres et qui ont des conséquences de type effet papillon partout sur la Terre. Par exemple, le fait de redonner un transistor à quelqu’un dans l’autobus où son fils l’a mené conduit à sauver la vie d’un astronaute. Il y a de très beaux épisodes, d’autres… moins bons, mais tout de même meilleur que ce que vous trouverez à TVA.



En essayant de nouveau d’augmenter mon rythme d’écriture pour en revenir à la vitesse initiale…

Si vous avez aimé, n’hésitez pas à répandre la bonne nouvelle (je me permets le jeu de mot juste à cause de mon titre) et à commenter si vous avez quelque chose à rajouter!

Odin



1. Si vous voyez ce que je veux dire ici, écrivez le dans un commentaire, je ne comprends pas moi-même.

vendredi 21 juin 2013

8. Eugène, des elfes et un bilan

Eugène, des elfes et un bilan

J’imagine que je ne suis pas le seul à avoir deux avis contraires sur un même sujet. George Orwell parlait de double-pensée dans 1984, la capacité de penser deux choses qui se contredisent en même temps et de faire instinctivement appel à la bonne pensée selon le contexte, tout en oubliant l’exercice mental que l’on accomplit ainsi que le concept même de la double-pensée. Peut-être en suis-je victime? L’eugénisme (1) est un de ces sujets chauds pour lequel j’ai deux avis diamétralement opposés et une proposition.

Je suis contre l’eugénisme s’il n’est pas organisé selon des lois ultra-précises, un code d’éthique extrêmement sévère et de manière totalement désintéressée. Par exemple : la sélection se fait sur l’ensemble de la population (pas d’exception), aucun parent ne connait l’identité de son généticien et vice versa, un généticien doit choisir un garçon une fois sur deux et une fille la seconde fois et il conserve le plus bel embryon selon les critères les plus vagues possibles, soit l’absence de gènes déficitaires et de maladies graves, la viabilité de l’enfant et l’assurance qu’il pourra se développer de la manière qu’il choisira de le faire.

Par contre, choisir le sexe, les attributs, les talents… ça je suis contre, et seulement à cause du mot « choisir ». La naissance n’est pas à la carte. L’homme est hasardeux et c’est ce qui le rend tellement (insérer le ou les qualificatifs de votre choix parmi ceux de la liste suivante).

-Merveilleux
-Magique
-Imprévisible
-Dangereux
-Impossible
-Agréable
-Incompréhensible
-Versatile
-Plein d’autres attributs

Ce n’est pas forcément de la double-pensée, mais une société plus parfaite me plairait beaucoup peu importe si on considère qu’elle serait bâtie sur l’annihilation de plusieurs valeurs que je défends et que j’ai défendues plus haut.




Il y a quelques semaines, j’ai eu une grosse discussion avec un humain transformé en elfe et deux elfes (oui, ça m’arrive, non, pas de drogue). C’était incroyable parce que l’ancien humain racontait comment il se sentait dépourvu du doute et du tourment, alors que les elfes philosophaient sur pourquoi les humains se tournent parfois vers le mal et que je renchérissais sur le fait que les meilleurs humains sont plus bons (dans le sens de bonté, c'est grammatical) que les elfes. Nous avons conclu que c’est le manque de temps qui change la donne. Avec moins d’un siècle, l’homme doit se dévouer ou n’aller nulle part. Et là où il met sa dévotion le construit, sa passion le consume, consume les autres ou permet la création de quelque chose de plus grand que lui.

C’était une belle conversation.

Les elfes naissent parfaits, leur espérance de vie transcende les siècles. Ils n’ont même plus besoin de l’eugénisme, celui-ci se fait naturellement. Ils n’ont plus de psychopathes, mais parfois, leur perfection les rend fades; plus de passions, plus de défis. Si dans la plupart des mythologies post-Tolkien (lire ici post-naissance-de-Tolkien) les elfes quittent les contrées humaines, c’est peut-être qu’ils ont compris que nous avons quelque chose d’unique et que leur temps est révolu contre les humains créateurs… et compté contre les humains destructeurs. Tout ça parce que la naissance, l’enfance et les choix de chaque humain sont laissés au hasard et à lui-même, pour le meilleur et le pire.

Le manga Death Note pose un autre problème comme ça. Est-il éthique de tuer des criminels? Selon le personnage principal, tout le monde montrera une façade de « non » en invoquant l’éthique même si dans le secret, ils appuient l’éradication du mal. Je vous conseille ce manga, il est magnifique.





Près de trois semaines de faites, petit bilan sur mon aventure citadine.

J’aime beaucoup mon travail, je suis en constante stimulation, je vois des gens, ça me demande de la réflexion et certaines formes d’intelligence que je maîtrise.

Je sors beaucoup, au cinéma, dans les bars (bien que je ne boive pas d’alcool)… J’ai même assisté à une soirée de slam, une sorte de poésie pas tout à fait chantée, parfois sur musique, d’autres fois non. C’est souvent engagé, parfois comique. Mon préféré faisait des jeux de mots sur la physique et la chimie, il a d’ailleurs gagné le concours.

J’ai relevé beaucoup plus d’incohérences dans L’Homme de fer que dans Star Trek, ce qui m’a surpris parce que je ne m’attendais pas à ce que Superman s’en aille défier les lois de la physique ailleurs que sur Terre contrairement à Star Trek. Un noyau de planète, en l’occurrence Krypton, qui explose en nébuleuse? Non! Les positionnements des corps célestes ne sont même pas crédibles tout comme l’ensemble de leurs concepts sur pourquoi la Terre renforce Clark Ken… Leur machine à terraformer est également ridicule.

Je suis très bien installé, je commence même à m’étendre dans mon nouvel environnement. C’est bon signe.

Je n’aime pas Montréal, c’est officiel. La société des transports est mal-fichue, l’air est souvent infect et la vue est rarement belle.

J’adore la vie de ville, même si je crois que j’en profite un peu trop. Je ne lis plus beaucoup, je prends du retard dans l’écriture et je ne fais pas assez de sport. Mais c’est de ma faute, quand on veut du temps, on doit le prendre par la force, se l’arracher.

Aussi, beaucoup de gens me manquent. Je sais qu’ils ne font pas exprès, mais ils font partie de mon bilan, je suis loin d’eux, ils sont loin de moi. J’ai pu en voir quelques uns en fin de semaine, mais si peu. Si peu.



En essayant de reprendre mon rythme d’il y a une semaine.

Si vous avez des commentaires, questions, insultes, astuces Nintendo, etc., n’hésitez pas à les écrire dans les commentaires et à partager si vous avez aimé!


Odin



1. Pour les néophytes, l’eugénisme pourrait se résumer à la sélection artificielle des gènes (par exemple à la conception d’un enfant) dans le but d’améliorer le patrimoine génétique de la race humaine. Ça pose plein de problèmes éthiques et permet un tas de choses fantastiques, l’article Wikipédia doit faire une centaine de pages.

Pour aller plus loin, le film Bienvenue à Gattaca met en scène un « imparfait » dans une société où les enfants sont choisis à la carte et où leurs gènes déterminent leur destin. Dans un style magnifique, une narration douce et un scénario d’Andrew Niccol, que l’on connait pour The Trumman Show et Les Âmes vagabondes que je verrai peut-être un jour…


mercredi 12 juin 2013

7. L'eau

L’eau

L’eau n’est absolument pas mon élément. Immergé, je me sens oppressé, physiquement et mentalement. J’ai l’impression qu’un tentacule va surgir des profondeurs et me happer vers le fond, qu’un tourbillon va m’emporter dans un abysse ou encore qu’une crampe va me paralyser alors que j’ai plusieurs fois ma hauteur en eau sous moi. C’est une peur tribale, primitive, mon esprit fige, laissant les réflexes (ceux-là même qui ont sauvé la vie de mes ancêtres bien avant l’invention de la roue) faire leur travail. Même la fuite m’est étrangère dans ce milieu. C’est une terreur qui n’est pas sans rappeler celle que j’éprouve au contact de l’œuvre d’H.P. Lovecraft.
 
C’est le mythe de Cthulhu qui m’a introduit au genre de l’horreur cosmique. Je suis en général très réceptif (ça me rend malade) au genre de l’horreur, mais le style très cérébral de Lovecraft m’a séduit. C’est surtout le fait que la sensation de terreur n’est pas basée sur les réflexes de défense du cerveau primaire, car il s’agit plutôt d’une expérience intellectuelle et presque spirituelle qui se construit très doucement aussi bien littérairement que psychologiquement jusqu’à l’apogée du malaise métaphysique qui clôt le récit avec des points de suspension. On n’est pas au cinéma américain.

Par contre, l’horreur aqueuse relève de la peur animale, les peuples desquels je descends ne sont pas des marins. Amérindiens dans les forêts, Québécois dans les champs, Ch’tis dans les mines et Français dans les villages. Mes racines plongent dans la terre et la pierre, et l’eau que j’aime est celle de l’orage.

Jean-Baptiste Adamsberg, un personnage de l’auteure de romans policiers Fred Vargas, se fait une réflexion tout à fait admirable alors qu’il enquête sur un meurtre particulièrement violent. Un orage est en train de frapper Paris et il va se promener sur le bord de la Seine. Au moment le plus fort de la tempête, alors qu’il ressent dans ses tripes toute la puissance de la nature, il conclut qu’un meurtrier doit n’avoir jamais eu la chance de vivre l’orage comme il le vit, sinon il aurait trouvé ça suffisant et n’aurait pas eu besoin de tuer. J’aime beaucoup l’œuvre de Vargas, ça change des CSI et compagnie…

Par contre, l’auteure (Fred Vargas est le nom d’auteure d’une femme, Frédérique Audoin-Rouzeau) semble n’être jamais venue au Québec, mais ne s’est pas gênée pour écrire un livre qui mène ses héros dans la belle province, à la rencontre des fameuses expressions québécoises qu’elle a dû trouver dans un recueil du siècle dernier… Personnellement, je n’ai jamais entendu dire « assis-toi là-dessus pis tourne » (excepté dans une conversation entre ma mère et moi, on est fan de Vargas!)





Métro :

Les couples dans le métro lui insufflent une vie qui est autrement peu ou pas existante. Il y a le beau couple qui s’embrasse doucement sur son banc et qui te fait sentir figurant dans un film, mais pas dans Les Temps modernes de Chaplin, plutôt dans une comédie romantique où l’entièreté du scénario se devine à la quinzième seconde. Ça reste mignon, pas comme le couple qui s’embrasse farouchement et se taponne à gauche à droite, où l’homme est squelettique et la femme a passé le cap où la peau ressemble à celle d’un éléphant difforme.

Non, ce n’est pas beau; oui, c’est un fait vécu. Là, c’était plutôt le début d’une émission de télévision policière amateur (oui, je sais, il y a une faute, mais amatrice ne se dit pas tellement à l'oral) qui tente de faire une scène d’introduction comme à série+…




Si on vous le demande, je suis un chat, et pas un aquatique.

Si vous vous demandez pourquoi mon rythme de travail était diminué, c’était parce que le câble d’internet n’était pas branché dans la case « internet » du routeur depuis je ne sais quand là où je vis et que je viens juste d’y remédier…

Si vous avez des commentaires, questions, insultes, astuces Nintendo, etc., n’hésitez pas à les écrire dans les commentaires et à partager si vous avez aimé!


Odin

samedi 8 juin 2013

6. Une histoire de nez

Une histoire de nez

Cyrano-Savinien-Hercule
De Bergerac.
J’ai mal à mon pic, j’ai mal à mon cap, que dis-je, j’ai mal à ma péninsule! Mon nez souffre de la pollution ou du pollen, peut-être des deux. L’air frais et les odeurs légères de la campagne me manquent, la forêt, les rivières, le sol. À Montréal, je suis aux prises avec des odeurs plus ou moins agréables, mais presque toujours intenses et agressives. Bref, je suis olfactivement sous attaque.

Ça me fait mal dans le fond de la gorge, mon cœur se soulève. Parfois, je suffoque dans l’obscurité d’une ruelle, dans les brumes de tabac ou même dans les zones de parfum entêtant, que leur provenance soit d’origine naturelle ou artificielle. L’intensité mord le nez et les bronches.

Le pire dans tout ça, c’est la cigarette. Elle me répugne, me donne des haut-le-cœur. Je passe des heures à essayer de me débarrasser de la sensation que c’est moi qui a fumé. Oui, c’est dégueulasse.

J’ai peur en revenant aux odeurs que j’ai aimées que mon odorat ne sache plus comprendre ce qui est doux et subtil. Ce serait un deuil inimaginable. Et je viens d’y penser : On divise les gens en trois catégories selon leur façon d’apprendre. Les visuels, les auditifs et les kinesthésiques. Soit ceux qui assimilent par la vue, l’entendu et le ressenti. Mais nous n’avons pas de catégories pour les… gustatifs et olfactifs? Existe-t-il des gens qui apprennent par le nez et la bouche plutôt que par la vue, l’ouïe et le mouvement? Et aussi, peut-on ajouter les émotionnels?

Ces catégories heurtent un mur dans leur implantation, s’il existe bien des humains qui apprennent mieux ainsi, car elles ont très peu d’applications concrètes aisément visibles et que leur champ d’activité est soit minimisé par les institutions, soit minimisé par la société. Une pure question de logique pourrait-on dire. De mon côté, je dirais un pur manque d’imagination. Bon, ce n’est pas mon combat de faire des études sur des cas particuliers en matière d'apprentissage par la nourriture, les odeurs et les émotions. Quelqu’un veut s’en charger?



J’suis pas raciste, mais…

On m’a bien dit de me méfier des pickpockets dans le métro, et dans la foule compacte, je serre tout naturellement mon sac dans mes bras. Une fois, alors que j’enlaçais mon sac, j’ai vu devant moi un jeune Noir, le genre qu’il y a dans les films stéréotypés et qui vole la sacoche de la vieille dame avant de se faire arrêter par le héros héroïquement héroïque, un Blanc bien sûr… et j’ai relâché mon étreinte sur mon sac. Et ce sans même m’en rendre compte avant plusieurs secondes. Avoir peur d’avoir l’air raciste, Office de la langue française, inventez un mot s’il vous plait.




Je voudrais remercier spécialement et officiellement mon amie Anna qui lit et corrige mes textes (que je modifie habituellement le lendemain avec la version sans faute)!



Je célèbre ma première semaine dans la métropole dans quelques heures, je suis toujours mitigé quant à si j’aime ou non cette vie incomparable à mon ancienne. Il y a des tas d’avantages et d’inconvénients. Par exemple, je suis allé voir Star Trek au cinéma et j’ai fait un tour dans une micro-brasserie (Les Dieux du Ciel sur Saint-Laurent, bel endroit, trop de bruit), tout ça en deux jours! C’est plus que ce que je faisais habituellement en trois mois! D’un autre côté, mon nez souffre.

C’est un peu grossièrement résumé en fait…


Odin

mardi 4 juin 2013

5. Métro

Métro

Je suis sûr que vous passez dans ce système sans le remarquer, il est naturel pour vous, Montréalais, mais pour moi, c’est une expérience à la fois effroyable et fantastique, une immersion dans un film et une réflexion que vous, lecteurs, allez subir. Dans l’autobus le plus bondé de Québec peuvent s’entasser moins d’une centaine de personnes. Je ne sais pas combien de personnes entrent dans un seul wagon de métro, mais je me doute que pour un métro entier, le chiffre passe quelques centaines, peut-être un millier. Moi, ça m’impressionne.

Par contre, bien que je trouve le concept extraordinaire, que je considère le métro comme une des plus brillantes inventions de l’humanité et qu’il rende les déplacements en ville beaucoup plus agréables, je m’inquiète concernant les gens qui l’utilisent. On dirait des figurants, des fantômes. Pourquoi cette expression neutre qui est commune à tous et chacun? À Stoneham, dans l’autobus, les gens se parlent, il y a des sourires sur les visages. Est-ce la ville ou le métro? Je remonte à la surface, c’est pas tellement mieux. Pourtant, mon milieu de travail est agréable, les gens sont heureux, se parlent, se sourient. Que se passe-t-il? C’est exactement comme si toutes ces personnes avaient décidé de ne pas exister ou s’étaient fait imposer cette inexistence. Un inquiétant manque d’importance que semblent s’accorder tous ces gens et qui me porte à les ignorer, les considérer comme un espace occupé, une masse en marche sans âme. Pas étonnant que tant d’intellectuels citadins dénoncent la moutonnerie, chose assez peu expérimentable à la campagne.
 
Pourtant, chaque usager du métro de Montréal a sa propre histoire, ses joies, ses peines, ses rêves et sa souffrance. Ils sont tous animés d’une vie infiniment complexe et le fonctionnement de chacune de leurs cellules dépasse probablement votre entendement! Vu de l’extérieur, ils ne semblent pas exister, semblent tout faire pour être les plus invisibles possible, comme si les wagons ne pouvaient contenir qu’une quantité maximale d’animation (d’anima, souffle de vie en latin) et que tous et chacun se faisaient un devoir de respecter ce quota.

Comment réagir à l’apathie qui semble généralisée? Certains lisent, écoutent de la musique, fixent le vide. En plus de regarder dans toutes les directions en m’efforçant au sourire, je m’arrange pour saisir un 24H et/ou le Métro, deux petits journaux distribués gratuitement (et en exclusivité!!!! selon le site internet du 24H, qui ne semble pas avoir été mis à jour depuis fin 2010) dans le métro de Montréal. Petite parenthèse, je trouve que c’est une idée fantastique et bien que les publicités prennent une place disproportionnée, autofinancement oblige, l’initiative mérite tout de même d’être soulignée.

Je comprends mieux les origines du mouvement punk (1) avec cette vision spécifique de l’humanité. Des jeunes trop sensibles ou intelligents, en entrant dans ce monde froid et neutre, n’ont pu que créer une forme de résistance, mais la taille colossale de la masse n’a pu leur inculquer que le déni d’eux-mêmes et l’acceptation de leur insignifiance. Je ne veux pas terminer comme ça.

Métal urbain (post-punk français) avait un texte qui dénotait bien cette absence de futur, cette révolte et cette acceptation qu’on retrouve dans la philosophie punk première. Le morceau en question, NUMÉRO ZÉRO, allait ainsi :


Moi seul et unique
Sans copie et sans réplique
Je ne me reproduis pas
Je suis indivisible
Je n’appartiens à personne
L’univers est pour moi

Étranger au cœur des masses
Et paria de toutes les classes
Civilisé dans la jungle / Et sauvage dans la cité
Ne me parlez plus d’amour
D’union d’égalité

Parmi la foule des zombies
Je suis un dieu un héros
Je suis le chiffre infini
Le numéro zéro


J’ai entendu parler d’un beau salon de thé dans le quartier latin. Où est le quartier latin? Je n’en sais fichtre rien!

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Odin


1. Attention, si vous croyez qu’il existe actuellement des punks, vous n’avez pas compris le principe et si vous cultivez l’ignorance sur la réelle philosophie du mouvement qui n’est pas du tout destructeur, méchant, satanique, etc., allez tout de suite vous renseigner ou attendez que j’aie le temps d’écrire sur ce mouvement historique bien particulier. Ne pas confondre avec le punk-rock et d’autres déviations du mouvement originel qui s’est « suicidé » aux alentours des années 80.